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     Quittons ces abîmes de vulgarité pour en retrouver d’autres, et revenons aux deux filles, si vous le voulez bien. Je vous conseille d’etre attentifs, la suite va etre un peu déroutante.

     Conduites hors du laboratoire, nos deux héroines qui n’étaient toujours pas revenues de leur effarement avaient été enfermées dans une cellule attenante a la chambre du docteur Jakull, d’ou elles pouvaient le voir en compagnie du corps de Sibéa. La demi-elfe contemplait en effet ce spectacle assez traumatisant depuis sa prison, en compagnie de Périna, qu’elle tenait dans sa main droite pour que celle-ci puisse a la fois apercevoir le docteur Jakull et son propre corps habité maintenant par la magicienne. Pour faire plus clair, l’esprit de Sibéa avait été transféré dans le corps de Périna. Le corps de la demi-elfe, vidé de son aura vitale, était devenu un réceptacle vide et sans ame, toujours vivant mais avec autant de personnalité qu’un concombre. Ce dont le docteur Jakull, pietre dragueur, s’était empressé de mettre a profit...

     Périna, quant a elle, avait quitté son corps de jais pour etre réincarnée dans un objet. Le docteur Jakull, qui était décidément un obsédé de premiere, avait choisi comme réceptacle pour l’ame de Périna un morceau de jade de trente centimetres de haut et de forme vaguement cylindrique, projetant sans doute de l’utiliser a des fins ignobles et dégradantes que les plus avisés d’entre vous imagineront aisément. Si vous vous demandez comment tel miracle est possible, sachez que d’une part s’il existe des épées enchantées il n’y a aucune raison pour qu’il n’existat pas non plus des cylindres enchantés, et d’autre part il faut que vous vous fassiez a l’idée que ce récit sans queue ni tete (quoique…) ne se soucie guere de la logique qui animerait des bouquins plus sérieux. Si vous voulez du sérieux, vous pouvez toujours retourner lire les Pensées de Pascal, non mais sans blague.

     Mais revenons a nos deux filles, qui se lamentaient dans leur étroite prison.

- C’est quand meme pas d’bol d’etre tombés sur cette secte atroce…

- Je comprends Tyr’ qui désire rien moins que de se faire buter a nouveau pour sortir de ce récit débile. Bramkar a eu de la chance.

- Bah, ca se terminera peut etre bien. En tout cas ton corps est vachement confortable, dans le mien j’avais un peu mal au dos mais la je me sens d’un coup beaucoup mieux.

- Je faisais du sport, moi.

     Elles en étaient la, misérables, écoutant le docteur Jakull (qui s’était endormi dans l’intervalle) ronfler comme un régiment de toupies, quand soudain une chose extraordinaire se passa, une sorte de miracle qui n’arrive que dans les dessins animés des années cinquante ou lorsque le scénariste d’un récit est a court d’imagination. Une fée bleue rentra par la fenetre entr’ouverte et dans un tourbillon de couleurs et de poussiere magique s’approcha en volant des deux prisonnieres émerveillées.

- Bonsoir, je suis Cochette, la fée qui rit ! Tu me semble bien misérable, pauvre petite fille ! fit-elle en s’adressant a Sibéa. Je veux t’aider, fais un souhait, et je l’exaucerai aussitôt. Mais attention, un seul !

     Sibéa, qui avait depuis son enfance un seul souhait dans le cœur, ne réfléchit meme pas et s’écria, avant que Périna n’ait pu dire un mot :

- Je veux la même poupée que ma sœur ! La Borbie-patins-a-roulettes !

- Exaucé !

     Une magnifique Borbie-patins-a-roulettes flambant neuve apparut devant Sibéa, tandis que la fée Cochette, toujours riante, s’envolait par la fenetre.

- Hiiiii ! T’as vu ca Périna, j’ai ma borbiiiiiie c’est géniaaaaal !

- MAIS PAUV’ CONNE T’AURAIS DU LUI DEMANDER UN CERVEAU ! C’ETAIT L’OCCASION DE SORTIR D’ICI GROSSE TACHE !

- Ah oui j’ai oublié. Mince.

- Mais c’est pas vrai ! MAIS C’EST PAS VRAI ! QU’EST CE QUI M’A FOUTU UNE DEBILE PAREILLE !

- T’affole pas je crois que j’ai quand meme une solution, fit-elle en s’agenouillant et en prenant sa poupée dans les mains.

- Ah oui, tiens… On va jouer a la Borbie, bonne idée.

- J’ai révisé mes sorts, hier soir, regarde…

     Et d’un seul coup, les yeux de la magicienne s’illuminerent tandis qu’elle prononcait a voix basse quelques paroles. La poupée Borbie se mit aussitôt a s’agiter, comme pourvue d’une vie propre, et bientôt elle se dressa d’elle meme sur ses petites jambes.

- Va chercher les clefs de la cellule, ma petite Borbie, commanda Sibéa.

     Et devant ce qui restait de la voleuse médusée, la poupée s’anima , se glissa entre les barreaux et patina jusqu’au tabouret ou le docteur Jakull avait laissé ses clefs. Elle s’en empara et revint en les trainant sur le sol jusqu’à sa maitresse.

- Ca c’est une gentille Borbie. Je t’acheterai un Khain pour te tenir compagnie, fit Sibéa en prenant les clefs et en les glissant dans la serrure.

- Sauvées par une Borbie. C’est l’histoire la plus idiote de toute la littérature d’Heroic-Fantasy.

- Mais non mais non. Et d’abord c’est de la Trash Fantasy, c’est le Lowindyl qui le dit. Bon, allons-y. Tiens j’aurai besoin de ca aussi, fit Sibéa en ramassant une paire de ciseaux qui trainaient opportunément sur une commode (car le docteur Jakull aimait aussi la couture, en plus de la torture).

- Tu veux pas le stabber au passage avec tes ciseaux, ce porc ?

- Ils sont a bout rond, désolée.

     Et tout doucement, la magicienne réincarnée dans le corps de la voleuse se glissa hors de la chambre, attrapant au passage un petit sac ou elle fourra l’objet qui contenait l’esprit de son amie, la paire de ciseau, et sa précieuse Borbie qui était redevenue une poupée normale, les effets de l’enchantement étant dissipés.

     A peine avait-elle fait trois pas dans le couloir qu’elle tomba nez a nez avec un sectateur.

- Ah ben merde, c’est pas de chance.

- Mais… je vous ai déjà vue vous ? Vous etes…

- Eh oui c’est bien moi… Allez, faites ce que vous avez a faire, et faites-le rapidement, fit Sibéa résignée, qui commencait a etre lassée de cette aventure ou l’on sortait d’une emmerde pour tomber dans une autre. Elle s’attendait a voir le jeune sectateur sortir son arme de son fourreau pour la reconduire illico dans sa prison, mais au lieu de cela, son adversaire sortit un stylo de sa poche et le lui tendit en disant :

- Vous pouvez m’donner un orthographe, m’dame, s’il vous plait !

- Un quoi ? Un autographe ?

- Euh oui, pardon, un autographe.

- T’as un papier ?

- Euh… je pensais… si vous pouviez me l’marquer la ? dit-il en baissant son pantalon et en découvrant sa fesse droite.

- Bon… allons-y, fit Sibéa qui avait décidé qu’elle ne s’étonnerait plus de rien dans cette aventure.

     Elle s’exécuta, et tendit le stylo au jeunot qui la contemplait d’un air stupide et content.

- Ouaaah, j’y crois pas… Un orthographe de Christina Aguiche-les-rats ! Quand je vais raconter ca aux copains !

- Autographe, répondit la magicienne. Dis-moi, mon p’tit chou, fit-elle en testant le roulis de hanches du corps de Périna, comme j’ai été gentille avec toi tu pourrais me rendre un p’tit service ? Je suis un peu perdue, j’aurais besoin d’un guide pour m’indiquer la sortie vers la vallée.

- Sûr m’dame ! fit le boutonneux dont le visage avait viré au rouge. C’est hyper simple en fait, vous suivez ce couloir jusqu’à l’escalier, vous descendez et vous tombez sur la sortie, impossible de s’tromper.

- Ah, tres bien. Oui au fait, j’aimerais aussi voir ces fameux prisonniers qu’on a fait tout a l’heure a la cérémonie…

- Rien d’plus simple m’dame ! J’vais vous y conduire c’est pas tres loin…

- T’es un amour ! fit-elle en lui baisant la joue.

- Gughrpfg…

 


 

     Un long moment avait passé, et les prisonniers du cachot dormaient profondément lorsqu’ils furent soudain tirés de leur sommeil réparateur par un bruit métallique, qui pour une fois n’avait pas été produit par Kytskyl.

- Vous n’entendez rien ?

- On dirait que la porte de la geole vient de s’ouvrir…

- Pssst… les garcons ! C’est Sibéa ! Chuchota une voix qui ressemblait a celle de Périna.

- Périna ? firent les trois compagnons.

- Oui, elle est la. Venez, on se taille.

- T’as perdu un boulon ou quoi ? C’est toi Périna. Où est Sibéa ?

- Je vous expliquerai plus tard c’est trop compliqué. Faut qu’on se dépeche je sais par où est la sortie, mais des sectateurs arrivent !

- Mais…

- Magnez-vous, MERDE ! fit la magicienne sur un ton inhabituellement autoritaire. Tyrcevon, Ferog et Siani-Edsianié ne se le firent pas dire deux fois, et sortirent en courant de la geôle.

- Tiens, un nouveau. Tu viens aussi, toi ? fit Sibéa a l’adresse de Kytskyl.

- Ma foi, j’ai rien d’autre de prévu…

- Ben dis donc ! T’as besoin d’un bon bain toi, ca empeste. Les armures, faut pas dormir dedans sinon ca pue vite !

- Euh… oui oui. Allons-y.

     Une fois tous dehors, ils virent que la batte utilisée précédemment par le hobbit avait servi a assommer son propriétaire, ainsi qu’un jeune sectateur naïf a la fesse dédicacée. Dans un dernier coup de pied d’adieu a leur geolier, ils quitterent sans regret leur cachot en compagnie de leur nouvel ami tout de fer vetu.

- Suivez-moi, et fermez-la, fit Sibéa au reste du groupe. Je connais le chemin pour sortir.

- Pas trop tot j’en avais marre de la geôle.

     Ils partirent donc en courant le long du souterrain, a la suite de la magicienne. Tout allait bien quand soudain, au détour d’un couloir, apparut une dizaine de sectateurs qui, alertés par le bruit que faisait Kytskyl en marchant, s’étaient rués sur leurs armes a la recherche d’un éventuel intrus.

- Et merde, on est cuits, fit Tyrcevon.

- Attends, j’ai encore un sort en réserve, je vais le leur jeter.

- Ben magne toi le cul alors et te gourre pas surtout.

- Pas de danger. Je commence.

- C’est ca.

- Chhhhht.

     La magicienne sembla alors se recueillir, tête basse, les yeux fermés. Puis d’un coup elle se redressa et leva les bras au ciel, ce qui était un peu genant dans une grotte d’ou l’on est en général bien en mal d’apercevoir un bout de ciel où lever ses bras, mais cela ne la perturba pas pour autant et elle se mit a incanter :

« OOOOOH Cacao ! OH OH OH Chocolat ! Si tu m’casses les noix coco, moi j’te coupe ton ananas ! »

     Et d’un coup, elle sortit la paire de ciseaux de sa besace, et se mit a les ouvrir et les fermer brusquement dans un geste sans équivoque, un sourire sadique aux levres. Devant cette vision d’horreur, tous les sectateurs reculerent, laissant le champ libre a nos héros…

- Par ici la sortie, j’aperçois l’escalier, fit Sibéa en repartant a toute allure, laissant sur place les adorateurs de la Grande Gidouille Bleue paralysés par cette vision castratrice, les mains sur l’entre-jambe.

- Périna, t’as gagné combien de niveaux depuis qu’on s’est quittés ?

- Moi c’est Sibéa. Périna, c’est ce machin en jade, répondit-elle en exhibant l’objet sous les yeux effarés de ses compagnons.

- Et ton corps t’en as fait quoi ? demanda Tyrcevon qui comprenait vaguement ce qui avait dû se passer.

- On reviendra le chercher plus tard, et puis chuis bien dans celui-la.

- Ouais ben t’as intérêt a pas me l’abimer, répondit Périna.

- Ah elle parle en plus ?

- Je parle, et je peux vous dire que si j’entends un commentaire sur ma forme actuelle je vous jure que ca va chier quand j’aurais récupéré mon corps !

     Et c’est ainsi qu’ils s’échapperent du repaire maudit de l’immonde docteur Jakull.

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