file [Journal] Errance

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il y a 1 mois 3 semaines - il y a 1 mois 3 semaines #21344 par Vuld Edone
Vuld Edone a créé le sujet : [Journal] Errance
Hi'.

J'ai discuté avec Zara' sur Discord, et évoqué l'envie que j'avais de retenter l'expérience du Libra. Je parle du premier Libra, qui devait être publié à raison d'une page par jour. Rythme soutenu et assez sympathique. Ce qui suit reprend ce principe.

Ce que j'appelle ici un "journal" est donc un texte dont les règles sont :
- Minimum une demi-page, maximum une page par jour.
- Les jours non-publiés se cumulent.
Autrement dit, si je ne publie pas pendant trois jours, le quatrième jour j'aurais quatre pages à écrire au lieu d'une.
J'ajoute deux autres règles personnelles :
- Pas de plan, improviser.
- Éviter le "métadiscours".
Le but est que l'histoire me demande le minimum d'efforts (d'où aussi le choix d'un format assez comique) pour que je puisse écrire une page le soir sans crainte de "sécher". D'où aussi l'envie d'éviter de jouer avec le format, typique avec le Libra : ici j'ai choisi le style épistolaire, et le narrateur peut évoquer mes retards, mais essentiellement le texte et le lecteur n'ont aucune conséquence sur l'histoire elle-même.

L'histoire elle-même, "Errance", est une forme de Don Quichotte au Liscord, l'histoire d'une jeune bourgeoise voulant devenir chevalière :
- Voici à quoi se résume ma préparation .
- Et voilà le texte .
Un GoogleDoc est plus agréable à lire qu'un texte sur forum. Mais, selon le principe du texte, je publierai à la suite chaque nouvelle "page" dans un message à part ci-dessous.

Là-dessus, chroniqueurs,
à vos plumes !

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il y a 1 mois 3 semaines - il y a 1 mois 3 semaines #21345 par Vuld Edone
Vuld Edone a répondu au sujet : [Journal] Errance
Premier jour

Je suis fier de vous annoncer que votre fille a vaillamment parcouru treize kilomètres depuis son départ, et campe désormais dans un bosquet à l'abri du vent, après s'être amusée à faire du feu. Depuis le village nous avons remonté la route vers Beauclair, puis Karine frustrée de voir les charrettes nous dépasser a pris un sentier de plaine qui va nous faire traverser les grandes plantations. En somme, et pour le moment, nous nous promenons dans les environs, et nous pourrions être de retour avant demain midi.

Il me faut souligner que, même si elle est entêtée, votre fille se débrouille bien. Elle parle de chasser sa propre nourriture, d'attraper les truites à mains nues dans la rivière et nous avons discuté de la propreté des vêtements et de la chaleur qui pourrait revenir. Sans doute, si nous l'avions faite se promener un peu plus à cheval dans ces paysages familiers, elle serait restée sauvageonne, mais se serait plutôt vouée à la charpenterie qu'à la guerre.

Elle n'a, en particulier, à aucun moment voulu piquer un galop, arguant qu'elle ne voulait pas fatiguer sa monture et si l'intention est naïve, elle est néanmoins touchante autant que responsable. D'autres se seraient laissés aller à la griserie.

Moi, par exemple, à son âge.

Cela ne l'empêche pas de prendre sa vocation au sérieux, et pendant que je m'occupais de ramasser du petit bois je l'ai vue répéter son escrime. Ses gestes sont précis et savants, nullement emportés. On dirait la même science avec laquelle on bat le fer ou le beurre, ou on compte les pièces, le même soin réfléchi et calculé.

Quand je lui ai proposé de lui servir de cible, elle a trouvé quelque excuse pour refuser, et je suis sûr que ce n'est pas lié aux souvenirs de nos vieux entraînements, où elle était plus souvent proche du sol que de moi, et je le regrette.

Sans doute que vous m'en voudrez de cet aveu, mais j'apprécie de pouvoir passer du temps avec Karine. Ces circonstances vous déplaisent, je le sais bien, mais elle s'amuse et moi-même quand elle me regarde je ne me sens plus tel un vieux meuble encombrant. Si j'avais su que pour pouvoir converser autant il me suffisait d'être en selle plutôt qu'au salon, je lui aurais acheté toute une écurie depuis longtemps. Les enfants, voyez-vous, sont ces mystérieux animaux que nous n'avons jamais cessé d'être et qui nous échapperont éternellement.

Si nous atteignons Beauclair, si elle consent à y passer, il serait peut-être de bon ton d'y envoyer à l'avance quelques vêtements. Je sais que nous campons à la belle étoile, mais il ne sied pas à votre fille de dormir si légèrement. Sans doute l'automne, les premières pluies et la raison l'amèneront à céder à cette autre tracasserie.

Je ne sais s'il sera possible de vous tenir au courant avec la constance que vous m'avez demandée, sachant que je n'ai à ma disposition qu'un seul pigeon. Je ferai au mieux et pour cette nuit si vous n'êtes pas encore endormi, retournez vous coucher sans le moindre souci. Et par pitié, abandonnez ce chapeau, feu votre père aurait honte pour vous.

Votre dévoué.

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il y a 1 mois 3 semaines #21346 par Vuld Edone
Vuld Edone a répondu au sujet : [Journal] Errance
Deuxième jour

Nous nous sommes levés à la première heure, et si vous vous rappelez bien, cela signifie bien avant que le le soleil n'ait une chance de se lever. J'ai d'abord cru que Karine craignait une menace, mais apparemment elle voulait juste repartir dès que possible. Le résultat est que, passé la moitié de la matinée, je n'ai plus eu pour compagne de route qu'une fille somnolente sous sa mailles.

Notre première halte s'est faite près de la rivière, en aval du pont menant à Beauclair. J'ai laissé boire les chevaux et suggéré à votre fille de se tenter à la pêche. Elle n'avait, hélas, pas la patience pour tenir une ligne, et à la place est allée s'asseoir contre un arbre pour se reposer. Je ne l'ai pas réveillée avant midi passé.

Je crois qu'elle m'en veut d'avoir cuisiné, mais au moins elle a semblé suffisamment en forme pour reprendre le voyage.

Nous restons toujours à l'écart de la route, et je crois qu'à présent votre fille s'entête à prendre les chemins les plus improbables pour se perdre dans la nature. J'ai eu beau lui rappeler que cela allait nous retarder, elle s'entête et moi je me débats avec les branches d'arbre. Cela m'a donné l'occasion de visiter des recoins de la région que je n'aurais jamais pensé voir, et il faut admettre que ces petits bois ont un certain charme, mais c'est tristesse que de voir les animaux fuir à l'approche de notre vacarme.

Il y a, à l'écart de Beauclair, une formation rocheuse qui semble comme effondrée de la motte de terre que je me refuse à appeler colline, et qui a pris l'habitude de se couvrir de mousse au printemps pour la perdre en automne. On ne m'en avait jamais parlé, mais votre fille m'assure qu'il y est attaché une légende, et cela me déplait. Mais enfin, puisqu'elle a voulu s'arrêter là pour le soir, je ne me suis pas plaint, et sur la première excuse j'ai galopé jusqu'à Beauclair pour nous acheter des légumes, un peu de pain et deux fioles de vin. Je les garde pour quand elle voudra bien admettre que ce luxe lui manque.

À mon retour, elle était encore à s'entraîner. Je dois l'admettre, elle s'acharne. Vous pensiez qu'elle se lasserait vite, mais je peux voir qu'elle n'a aucune intention de reculer, et peut-être ne fuira-t-elle pas une fois les premières difficultés venues.

Je ne parle pas de grandes difficultés, seulement des désagréments du voyage, rassurez-vous donc.

Avant d'éteindre le feu, Karine m'a demandé de lui raconter d'autres histoires sur les chevaliers. J'ai refusé, mais je lui ai raconté quelques fables et elle s'est endormie sur mon bras. Cela m'a fait hésiter, car je pense l'emmener contre son gré près d'une ferme où vit Pascal Drevant, un ami d'un ami chez qui elle pourrait dormir plus confortablement. Elle risque de m'en vouloir, mais enfin je devrais pouvoir lui faire entendre raison.

Et savez-vous, j'y pense en l'écrivant, avec votre permission et si elle accepte mon caprice je l'emmènerai peut-être dormir dans un vrai château. Il doit en rester encore où je ne serai pas jeté dans un donjon, et qui feront le bonheur de votre fille à défaut, je le sais d'avance, d'étancher ses rêves.

Votre dévoué.

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il y a 1 mois 3 semaines - il y a 1 mois 3 semaines #21347 par Vuld Edone
Vuld Edone a répondu au sujet : [Journal] Errance
Troisième jour.

Je me suis encore rendu à Beauclair ce matin, et j'ai été surpris de n'y avoir aucun message de votre part. Ma foi, ce n'est pas plus mal, et cela prouve que vous avez le sang froid. Gardez seulement en tête que votre fille ne restera pas éternellement dans la région, et qu'il sera de plus en plus difficile, la distance n'aidant pas, à rester en contact.

Nous nous sommes, une fois encore, levés à une heure innommable, et sur excuse d'aller éclairer la route je suis passé au village notamment pour prendre des nouvelles, et pour voir si je pourrais convaincre Pascal Drevant de mon plan. Hélas, les bonnes dispositions d'hier n'ont pas duré, la faute à la maladie. Cela vous semblera soudain, mais dans les villages la maladie est une voisine qui aime visiter, et elle va et vient aussi aisément que cela, presque aussi régulièrement qu'on ne se rend au marché. Je suis donc reparti quelque peu déçu mais non sans une foule de précieuses informations.

Ainsi, je sais par exemple que plus au nord-ouest, à vingt-cinq ou trente kilomètres de Beauclair, les bois de Blemont ont reculé, sous les haches mais surtout sous les coups d'une nature ingrate. Le comte de Marens y a chevauché avec ses hommes et il n'y a donc pas de lieu plus sûr dans tous le Cairle.

Je me suis permis d'emmener votre fille là-bas.

Malheureusement, nous n'y sommes jamais arrivés. Je crois que les chevaux sont fatigués de chevaucher si peu et si lentement, et je devrai peut-être commencer à gronder votre fille de les ménager autant. Je crois cependant que ce sont surtout nos longues discussions sur le trajet qui pèsent si lourd sur notre rythme. Cela et notre quête de fruits et de faune.

Je ne mentirai pas, ces petites chasses m'amusent, et l'excitation de votre fille me rappelle ma propre jeunesse. J'aurais cru devoir lui apprendre bien des choses encore, mais elle sait manier le couteau aussi bien que l'épée, et semble ici plus dans son élément qu'à tourner les pages d'un livre ou à manier la balance. Je m'occupe, avant de m'endormir, à tanner les peaux de lapin qu'elle pourra arborer sur le côté de sa selle, à défaut d'un trophée plus grand.

Nous sommes dans ces collines, au-delà de Beauclair, celles qui coupent le soleil juste au-dessus des toits et qui donnent plus de couleur au village depuis la place. Elles s'avèrent aussi vieilles et ridées que je l'avais cru, et la rivière y fusionne après avoir été deux flots concurrents entre leurs hauteurs. La rocaille ne manque pas, et pendant que Karine s'entraînait je me suis amusé à en suivre la trace. On me dit que la pierre sort de terre où elle a été formée, et que c'est comme ça que naissent les montagnes. On me dit que la pierr