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Note du Traducteur : C’est au début de cette page que les deux gouttes de sang sont tombées. Pour être le plus honnête possible, j’ai supprimé le petit paragraphe qui était le plus touché et duquel je n’ai pu comprendre les intentions finales, compte tenu des deux auréoles.

 


 

     J’envisage sérieusement de partir loin. Pourquoi vers la Cathay ? Cette idée éveille en moi de drôles de résonances. J’éprouve le besoin de me raccrocher à quelque chose qui soit à moi, qui matérialise qui je suis comme le lien de toute mon existence. Un seul objet m’a accompagnée dans tous mes périples : le phœnix que m’a laissé ma mère. Je me rends compte en y repensant que ce joyau ne m’avait pas quitté jusqu’au jour funeste où je n’ai pu le porter. Est-ce un caprice d’enfant ? Je souhaite ardemment le retrouver, non pour son pseudo pouvoir mais parce que je veux combler la petite fille que je reste. En le portant, j’avais un profond sentiment de sécurité. Il est possible que tout ceci soit purement psychologique mais je me sentais comme invulnérable et, avec lui, mes rêves me semblaient à portée de ma main. Bref, j’ai besoin qu’il m’accompagne, qu’il soit le témoin de ma renaissance.

 


 

     J’ai fait part à Grienlyce de mon souhait de récupérer mon phœnix en rubis. Elle m’a regardée avec des yeux tout ronds qui ont déclenché mon hilarité. J’ai insisté de la manière la plus puérile qui soit, et j’y ai pris un plaisir fou. Ce caprice est certes une folie mais j’ai l’impression d’avoir abandonné une partie de moi. En le retrouvant, j’ai l’intime certitude de combler ce manque ou d'obtenir une réponse à une question que j’ignore encore. Il est vrai que la légèreté de ma conduite est très certainement le fruit de toute la pression de ces derniers temps. En fait, j’ai à nouveau envie de m’amuser. Je ne sais pas si Grienlyce sera d’accord pour que je multiplie les imprudences mais nous n’en sommes pas là. Toujours est-il qu’elle a accepté. Il me tarde de la revoir avec mon pendentif.

 


 

     Elle ne l’a pas retrouvé. Elle m’a avoué avoir pris beaucoup de risques et qu’il n’était ni dans sa boîte ni dans aucune de ma coiffeuse. Je suis profondément contrariée. Je suis vraiment une enfant, et comme telle je suis têtue ! C’est décidé, j’irai moi-même le chercher !

 


 

     Je suis devant mon palais. Je le contemple de l’extérieur, je prends mon carnet et la situation me paraît complètement absurde. Je fais une pause car je ne souhaite pas m’y faufiler maintenant. Tout me paraît si facile. En fait, je ne peux m’empêcher de penser que je n’ai qu’à franchir la grille pour rentrer chez moi. De l’extérieur, tout est calme, comme si rien n’avait changé. Bien sûr, comment pourrait-il en être autrement ? Sauf qu’une chose est là, évidente : je suis bien à l’extérieur de chez moi et je ne sais qui a pris ma place ! Tout paraît tellement à la portée de ma main que j’en oublierais presque la raison de mon exil.

 

     Plusieurs plans ont traversé mon esprit. Le premier était de faire comme si de rien n'était et de voir. Voir ce qui se passerait si je réapparaissais. Voir qui est encore là. Mais il y a bien trop de dangers que j’ignore. Le second, le plus évident, est d’opérer de nuit. Je pourrais me déplacer plus discrètement et, le cas échéant, fuir plus facilement en préservant mon identité. Mais la lune est dans son premier croissant, je crains qu’elle ne m’apporte pas assez de lumière pour retrouver un si petit objet. Or je veux voir, je veux comprendre.

     Le troisième était d’attendre le lever du jour, pendant que tout le monde est encore dans les limbes du sommeil. Je ne crois pas non plus tenir la solution. Le sommeil y est plus fragile et le jardinier se réveille à l’aube. Je pourrais le tuer très facilement mais l’idée ne me dit rien. Je ne souhaite pas prendre de risques inutiles. Que je suis sotte ! Comme si venir ici seule n’était pas déjà un risque énorme… Bref, maintenant que j’ai commencé ma bêtise, je veux aller jusqu’au bout, mais sans trop de casse… Soit, faisons en sorte de ne rien casser car après tout je suis chez moi ! Sauf que je me tiens devant les grilles et ne sais toujours pas comment procéder !

 


 

     Voilà, c’est fait ! Je l’ai ! Mais qu’ai-je fait ? Où cela va-t-il me mener ? Il faut que je continue mon histoire avant que la fièvre m’emporte ou que mes souvenirs se brouillent. Bien que la douleur soit vive, je ne pense pas que ma vie soit en danger. Une partie de moi jubile au milieu de ma fièvre ! J’ai l’impression de m’être retrouvée. Le feu de l’action a réveillé des sensations oubliées et j’éprouve un grand plaisir à enfin raconter une partie de mon histoire au présent. En même temps, j’ai envie de rire ! Tout est si ridicule, même si mon aventure était à deux doigts de se terminer tragiquement.

 

     Finalement j’ai suivi mes trois plans à la fois. Je me suis infiltrée pendant qu’il faisait encore jour. Quelle idée d’ériger un tel portail et des grilles si hautes et si hostiles ! Chacun de mes points d’appui pour les gravir reposait sur une pointe, mais j’assume ma folie avec bonne grâce et remercie mes poursuivants pour mon jeun forcé, car mon pied est ainsi plus léger ! Une fois arrivée tout en haut, j’ai failli y laisser mon bustier de cuir dessus… Heureusement, cette fois-ci, ce ne fut qu’une égratignure et un habit déchiré… Puis, je me suis cachée dans le parc en espérant que les chiens n’aient pas été changés. Et j’ai attendu la nuit, mais juste avant que les serviteurs n’éteignent les lumières, je me suis postée devant le mur et je me suis dit : « Non, Alarielle, tu ne passeras pas par la porte… Oui, tu vas devoir escalader… » Effectivement, j’ai escaladé la façade jusqu’à l’étage. Mais avant, j’ai dû retenir un grand fou rire ! Je m’y suis prise combien de fois pour grimper ? Trois ? Non, quatre ! Et encore, je ne compte pas la première où je me suis à peine hissée de dix centimètres au dessus du sol. Finalement, ce n’était pas le plus dur. Le plus dur était de se retrouver au niveau de l’étage après avoir fait tous ces efforts et de se rendre compte que je n’avais aucun accès ! Enfin, si ! Des fenêtres bien closes que je ne pouvais casser silencieusement. Je me suis donc résignée à redescendre bien que j’en eusse volontiers fracassé une par pure colère, bête et folle que je suis. J’ai donc pénétré dans la maison par le hall d’entrée, comme tout le monde, avec un grand sourire. Tout ceci me paraissait si ridicule ! A un moment, j’ai craint que la lourde porte d’entrée ne soit fermée, mais comme à son habitude, le gardien attendait la nuit pour faire son dernier tour avec son chien.

 

     Le risque était énorme, j’aurais pu me trouver nez à nez face à n’importe qui. Mais personne n’était là dans le vestibule. J’ai gravi l’escalier menant aux chambres. Plein de voix familières résonnaient autour de moi. Puis, je suis rentrée dans ma chambre. Tout était là. Beaucoup d’objets avaient changé de place, d’autres ne m’appartenaient pas, comme si quelqu’un s’était accaparé mon espace le plus intime. Il a fallu que je lutte pour ne pas ranger à ma façon certains objets dans cette pièce qui m’est si chère, mon coupe-papier en ivoire, une bouteille de parfum, mon rouge à lèvre, ma chaise en velours de Cathay… Toute mon intimité se trouvait encore dans cette pièce… D’ailleurs, je ne pris pas garde au temps qui s’écoulait. Des bruits de voix me rappelèrent ma mission. Je m’approchai de ma coiffeuse et je découvris que mes bijoux étaient tous là. Tous sauf mon Phœnix ! Je paniquai bêtement comme une enfant qui est sur le point d’être prise en train de faire une bêtise. Pourtant, je n’étais pas une enfant, je ne risquais pas une dispute ou une claque affectueuse sur le bout des doigts. Non, c’était mon indépendance, ma vie !

 

     Je compris soudain que quelqu’un se dirigeait droit dans ma chambre. M’avait-on vue ou entendue ? Le lit était trop loin pour m’y glisser dessous, je pris juste le temps de me dissimuler derrière la porte. La personne entra sans me voir. Je reconnus ma femme de chambre. Elle s’approche de la coiffeuse, fouille dans mes bijoux, porte un collier à son cou et se regarde dans ma glace. Je souris d’abord. Puis, je vois son visage s’y refléter en même temps que je m’y aperçois, complètement à découvert. Ses yeux, ses yeux me dévoilèrent tout. Oui, elle était surprise, mais elle avait peur également. Elle ne savait que faire. Il fallait faire vite car un seul cri et j’étais perdue. Je m’approchai d’elle calmement pour la rassurer, comme si je voulais lui demander de l’aide. Je commençai par me renseigner sur la présence d’ennemis, elle me confirma qu’ils étaient presque tous partis, sauf trois exécuteurs. Puis, je l’interrogeai pour savoir où était mon pendentif. Je sentis dans sa voix une profonde crainte. Elle m’avoua qu’on le lui avait donné. « Et on te l’a donné en échange de quoi ? », dis-je en sortant la lame pointue de mon poignard. Elle commença à paniquer et parlait beaucoup trop fort. Sa réaction me rendit nerveuse. « Je vous jure qu’on me l’a donné. Et puis, que pouvais-je faire d’autre ? On nous a dit que c’était les ordres du Roi Sorcier lui-même ! Il voulait juste vous punir ! Vous remettre dans le droit chemin ! ». Je voulus la faire taire pour qu’elle comprenne que sa voix était trop forte mais elle se mit à hurler dès que ma main lui toucha le visage. Je n’avais plus le choix ! Je lui ai transpercé le cœur et j’ai pris la fuite. L’agitation gagnait toute la maison.

     J’ai mal… Quand rentreront-elles pour me soigner ? Quelle imbécile ! J’ai mis du sang sur mon carnet. Mon bras me lance de plus en plus et la fièvre me gagne. Je reprendrai mon récit un peu plus tard, lorsque j’irai mieux. Peut-être serai-je plus lucide ? J’espère seulement ne pas oublier pendant mon sommeil mes premiers hauts faits depuis longtemps. Ma tête est terriblement lourde, je claque des dents et mon front perle de sueur. J’espère que tout ceci n’est pas trop grave.

 


 

     J’ai dû dormir longtemps. Je ne reconnais pas l’endroit où je suis. J’ai toujours aussi mal, mais mon esprit, lui au moins, a repris son calme. Où en étais-je ? Quelle folle que j’étais ! Voyons, ai-je oublié des détails ? Non, je ne crois pas… Tout semble encore gravé dans ma mémoire. Mon sommeil a même dû clarifier les scènes. Tout semble parfaitement ordonné dans ma tête. Et bien, continuons…

     Il est très difficile de ne pas laisser ses habitudes reprendre le dessus, de se comporter comme si chaque pièce pouvait abriter des dangers. Etre obligée de se cacher au milieu de ses propres meubles, dans un espace que l’on a créé. L’émotion dégagée par ce retour aux sources me déstabilisait, j’avais véritablement la tête qui me tournait. Je descendis de l’étage d’un pas décidé pour me diriger vers les pièces réservées à mes serviteurs. Avant que je n’atteignisse la dernière marche, les exécuteurs me barrèrent le chemin.

     A trois contre un, ma situation était délicate d’autant plus que j’étais leur seule et unique adversaire, avec personne d’autre pour les distraire. Je n’avais à ma disposition que mes deux poignards, eux avaient une garde beaucoup plus longue avec la lame de leur draîch, il me serait très difficile de porter des coups sans m’exposer. Je décidai de ne me préoccuper que de deux d’entre eux, en espérant que le troisième serait gêné par les deux autres. J’eus à peine arrêté cette stratégie que leurs lames s’abattaient sur moi. Je compris alors que ma position surélevée me désavantageait car il m’était très difficile d’esquiver leurs armes en me baissant. Je bondis en m’appuyant sur la rampe pour me retrouver à leur hauteur. Dans leur précipitation à m’arrêter, ils n’avaient pas revêtu leur casque et leur gant, leur armure les protégeait donc partout sauf à la tête et aux mains. Les mains, je viserai leurs mains. Je ne leur laissai pas le temps de se remettre en position et me jetai sur eux. La surprise me permit d’être à portée. En même temps que je me baissais pour éviter leurs coups, je pus griffer le poignet de l’un d’eux et me placer dans le dos d’un autre. Malheureusement mon choix ne fut pas le bon, le troisième était décidément le plus vif. Le tranchant de son arme heurta violemment mon épaule. Je hurlai de douleur, ce qui fit se retourner mon adversaire. Dans un sursaut, je lui lançai mon poignard dans le cou. Il mit de manière absurde et comique ses mains pour empêcher le sang de sortir en émettant des borborygmes, laissant choir son arme. Je m’en saisis promptement.

 

     Après ce premier assaut, nous nous fîmes face, jaugeant nos forces. Un homme était déjà à terre, j’avais le bras gauche en sang mais j’avais un petit avantage : la lame de mon poignard était empoisonnée. En regardant droit dans les yeux celui qui était légèrement entaillé à la main, je vis la peur. Il avait compris ce qui l’attendait et paniquait. Mon dernier adversaire l’ignorait. De mon côté, j’avais fait une autre erreur, l’arme que je tenais dans les mains était bien trop lourde pour ma blessure, mais j’étais la seule à le savoir. Je rassemblai toutes mes forces pour les défier avec arrogance, le menton haut et le regard insolent. Pourtant, je me sentais bien trop faible pour faire durer le combat. Mon cerveau bouillonnait pour rechercher une idée et détecter la moindre information sur les intentions de mes adversaires. A leur position, je devinai qu’à défaut de me redouter, ils me respectaient maintenant. Je pris la décision de harceler le plus faible de manière à ce que l’autre, inconsciemment, cherche à le protéger de la souffrance que je m’apprêtais à lui faire subir.

 

     A ma grande surprise, ce fut le blessé qui engagea le duel. Il faillit me surprendre, mais son geste avait été trop précipité et bien trop prompt pour coordonner son attaque avec celle de son partenaire. Néanmoins, je ne pus que la parer et me mettre en garde contre la lame du deuxième. Mon épaule me lança. Utilisant la force de mes nerfs et l’impulsion provoquée par la douleur que j’avais ressentie jusque dans mon dos, je me ruai sur eux avant même qu’ils aient pu redresser leur épée. La riposte du plus vif fut si violente que mon arme vola dans les airs, je bondis sur le mort pour en extraire mon deuxième poignard.

 

     Mon plan n’était pas bon. Il n’avait que faire de son collègue, il n’avait en tête qu’une seule cible : ma petite personne. L’espace d’un court instant, je vis le blessé gratter la plaie empoisonnée de sa main. Je saisis l’opportunité : je pivotai en me désaxant pour porter mon coup, qui, cette fois-ci, lui fut fatal. La chute de son corps me servit d’écran contre mon dernier adversaire. Nous n’étions plus que deux. Face à la longueur de sa garde, je n’avais qu’une solution pour prendre le dessus : ma mobilité. D’anciennes sensations revenaient en moi. J’avais l’habitude de ce type de combat. Je devais briser le cercle de sa lame, plus je serais proche de lui et moins il pourrait porter ses coups. A défaut d’être sereine, je savais comment mener la danse face au poids de son arme et à l’inertie d’une telle armure. En me déplaçant autour de lui sans cesse, il lui faudrait un moment donné engager le combat en ouvrant sa garde… Il comprit très vite où je l’emmenais, peu à peu, je sentis que l’image de qui j’étais vraiment se dessinait dans son esprit. Devant ce changement, je ne pus m’empêcher de le défier : « Petit homme, tu affrontes là une grande matriarche qui maîtrise des techniques que tu ignores et qui connais même les tiennes ! Tu es le dernier obstacle face à ma volonté et tu sais combien elle est grande ! Tu n’as aucune chance. Et je n’ai surtout aucune envie de t’en laisser une. Tout au plus ai-je envie de m’amuser avec toi et de te faire payer pour mes bourreaux ! ». Je ne sus pas quel effet cette tirade eut sur lui, mais je sentis monter en moi une grande confiance. J’étais habitée par la fièvre et je me battis à l’instinct. Pour sortir d’un combat aussi déséquilibré, je devais vider ma tête de toute pensée, car, malgré ma fanfaronnade, je savais l’avantage qu’il avait sur moi : sa force, ses protections partout sur son corps, la puissance de son arme, son entraînement au combat, ma blessure et ma fièvre. Je devais faire abstraction de mes deux victoires… N’être à l’écoute que de mes sens… Me projeter dans l’âme de mon ennemi… Deviner chacune de ses moindres intentions. Peu à peu, mon esprit glissait, m’échappait... Je n’eus pas la force pour combattre l’effet de transe qui me gagnait peu à peu. Cette transe qui était le fruit d’un long et ancien conditionnement que je pensais avoir dominé depuis longtemps. Ce soir, j’étais bien trop faible et fragile… Sauf que cette transe se mélangeait à mes récentes absences. Une pointe d’inquiétude me gagnait, comme si j’ignorais ce qui allait se produire, comme si devant moi allait se dresser un immense vide, là où normalement devait se trouver une route parfaitement connue. La dernière image que je conserve est son regard froid et son bras qui se lève…

 

     Lorsque je repris conscience, j’étais dans la chambre de ma femme de chambre à chercher le phœnix, avec le vague souvenir d’avoir vaincu mon adversaire. Dès que je posai ma main sur lui, tout mon être se détendit. J’enfilai la chaîne et laissai reposer le majestueux et délicat pendentif sur mon décolleté. L’espace d’une seconde, je sentis que plus rien ne pourrait m’arriver de grave ce soir. Puis je ris en me voyant dans la glace. Je ne remarquai qu’à cet instant une seconde blessure qui avait ouvert tout mon bustier. Ma peau mise ainsi à nu était encore plus rouge que le rubis qui luisait autour de mon cou. La vue de mon propre sang ainsi répandu sur moi me réveilla complètement. Je devais sortir au plus vite. J’ignorais combien de temps s’était écoulé depuis mon arrivée, ni même si l’alerte était donnée. Je tremblais de tout mon corps, avec dans la bouche le goût de ce sang qui formait maintenant une plaque humide et glaciale sur tout mon flanc gauche. Un frisson encore plus long me saisit lorsque je me remis à marcher. La sensation pleine de sérénité que m’avait procurée si fugacement le phoenix était bien loin.

 

     Lorsque je sortis de l’aile réservée aux serviteurs, tout mon personnel de maison était rassemblé dans le hall, autour des trois corps inertes. J’entendis un léger brouhaha apeuré. Pour qu’ils ne gênent pas ma fuite, je menaçai leur famille entière de représailles en cas de nouvelles initiatives contre moi. Je me dirigeai à bout de force jusqu’à l’écurie et enfourchai ma fidèle monture que je n’avais osée prendre le jour de ma fuite. Je ne sentais plus mon épaule, juste une terrible fièvre qui me faisait grelotter. Droit devant la grille, trois silhouettes se dressaient et semblaient m’attendre. Une appréhension me gagna comme si cette nuit n’allait jamais finir. J’avais donné toutes mes forces dans mon combat et mon corps s’était depuis complètement relâché, incapable du moindre effort pour me défendre à nouveau. Pourtant c’est ce que j’avais choisi : me battre encore et toujours. Mais ce soir j’avais juste cédé à une pulsion, à un caprice d’enfant qui allait me coûter bien cher si je me laissais gagner par la torpeur de mes blessures.

 

     En m’approchant, résignée d’avance, je serrai les dents pour me tenir droite en lâchant les reines de mon cheval pour me saisir de mes armes. Au moment de m’exécuter, je reconnus l’une d’entre elles comme étant Grienlyce. Je respirai de soulagement. Les deux autres faisaient aussi partie de mes fidèles. J’eus un pincement au cœur de joie, je n’étais plus seule ! Lorsqu’elle vit mon bras et mon flanc, Grienlyce m’ordonna de me réfugier chez elle. Je lui souris car c’était la première fois qu’elle me donnait des ordres… Je lui obéis en ayant pour seule idée de pouvoir m’allonger et sombrer dans le sommeil. Néanmoins, juste avant de partir et dans un dernier élan de lucidité, je leur demandai d’exécuter toute personne vivante dans mon palais. Dorénavant, je ne veux prendre aucun risque, et parmi eux se cachaient certainement des traîtres.

     Cette mise à mort sera le signal de mon retour sur les devants de la scène pour toutes les personnes susceptibles de me rejoindre. Pour qu’elles mettent à nouveau leur vie en danger pour moi, je veux qu’elles sachent que je ne suis pas anéantie comme mes ennemis l’auront prétendu. Je veux que ceux qui croyaient pouvoir me détruire sans me tuer le regrettent. Seulement le résultat ne sera pas celui attendu ! J’en fais mon affaire ! Sur la route, je me rappelle avoir été envahie par un sentiment de honte : alors que mes deux nouvelles compagnes venaient placer leur vie entre mes mains, je me rends compte que, si je connais très bien leur visage, j’ignore pour l’instant encore tout de leur nom.

 


 

     Depuis ma dernière folie, une myriade d’idées se télescopent dans ma tête. Je sens peu à peu se dessiner un plan d’action pour mon retour. Tout me semble d’une logique implacable, comme si tout ce que j’avais fait et subi n’offrait qu’une seule direction possible. Et je crois la deviner… Je crois même savoir comment y parvenir ! Toute cette introspection m’éclaire comme jamais. Allez, petite Alarielle, il est temps de passer à l’action !

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