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     Je suis clouée au lit depuis plusieurs jours. Mes blessures se cicatrisent grâce aux soins de mes trois amies. Nous sommes maintenant en marge de la société, dans un espace de non droit dont les frontières me paraissent infinies. Je ne suis en sécurité nulle part, c’est pourquoi elles me transportent d’abris en cachettes plus ou moins vétustes. Mon avenir n’est plus ici, je vais quitter Naggaroth très prochainement.

Le parallèle entre présent et passé se poursuit. Si je devais donner un titre de chapitre à ce qui suit, ce serait très certainement « Le Temps des Départs ». A moins que ce ne soit « La Fin de l’Innocence ». Non, c’est faux, la perte de l’innocence a déjà eu lieu bien avant ma prise de conscience. Elle doit remonter en fait à l’initiation au culte de Slaanesh, peut-être même avant, avec la mort de mon frère. Donc, va pour « Le Temps des Départs ». (Note du Traducteur : Vous pouvez constater que j’ai scrupuleusement respecté ses consignes... Par contre, je considère que le décès d‘Uriltis reste un prolongement de l’enfance, il y a bien découverte des réalités d’adulte mais une partie des questions qui la rongent peuvent en partie s’expliquer par l’adolescence. La vraie rupture est selon moi l’influence du Dieu Sombre sur elle). Oui, il est temps que je parte encore une fois.

 


 

     Je tiens mon pendentif dans mes mains, toujours allongée sur mon lit. J’éprouve une profonde sérénité à le faire comme si je serrais mon propre cœur. Rien de très précis, juste une impression fugace, que je n’arrive pas à expliquer. Peut-être est-ce parce que je projette sur lui tout ce qu’il y a eu de positif dans ma vie, parce qu’il est le dernier lien que je possède de mon passé et de ma mère ? Peut-être est-ce là le pouvoir qu’avait évoqué la reine ?

     Je le fixe avec attention et je m’aperçois que je ne le connais pas vraiment. On ne connaît d’ailleurs jamais les choses qui nous entourent, elles possèdent leur propre dimension que nous ne faisons qu’effleurer. Qu’y a-t-il au-delà de la surface des choses, au-delà de la force qui repousse mes doigts ? J’ai beau le soupeser, le regarder sous tous les angles, je sais que jamais je ne lèverai son mystère. Le phœnix immuable brille toujours de ses mille feux. Mes yeux cherchent à percer l’opacité du rubis et n’y trouvent rien. Seulement, aucune frustration ne naît dans mon esprit, au contraire, c’est comme si la certitude d’y trouver ce morceau de rouge infini, comme la source même de la vie, suffisait à m’apaiser. Plus de peine, plus de douleurs aux bras, plus de colère, seul dans le creux de ma main ce mystère qui me fascine.

 

     Tout ce qui nous entoure reste irrémédiablement étranger, les objets comme les êtres. Il est illusoire de vouloir penser à autre chose, on croit les connaître, mais nous ne le faisons qu’à travers nos sens et le philtre de notre cerveau. Nous nous les représentons mentalement mais tout est leurre. Vous pouvez vivre des années avec un être sans véritablement le connaître, chaque mot qu’il prononce prend sa source dans un passé que nous ignorons, c’est cette illusion qui amène bien des surprises. Tout comme celle de réduire les objets à trois dimensions et des couleurs... Non, on finit toujours par se tromper sur les autres, à être déçu ou trahi, tantôt parce que nous les voyons tels qu’ils ne sont jamais, tantôt parce qu’ils changent sans même que nous le devinions. Pire, on s’aperçoit parfois que l’on ne s’est jamais compris.

     Rien à voir avec toi, mon cher rubis. Les objets conservent leurs mystères mais ils ne nous mentent pas. C’est nous qui nous trompons sur eux, peut-être finalement de la même manière que les êtres qui nous entourent. C’est notre expérience avec eux qui enrichit infiniment notre perception, mais jamais nous ne pourrons savoir où elle s’arrêtera, peut-être leur trouverons-nous d’autres aspects cachés ? Oui, joli rubis, je te regarde, tu scintilles mais tu me caches toujours ton secret. Et aujourd’hui je ne t’en demande pas plus. Derrières tes milles facettes, laquelle me donnera l’espoir que je recherche ? Allez, déploie une nouvelle fois tes ailes, mon fidèle phœnix, inutile de me dire où tu m’emmènes, je te suivrai encore et toujours les yeux fermés.

 


 

     En fait, je ne suis pas comme Eresmis, le poète. J’ai trouvé une raison de vivre, même si elle peut paraître ridicule et bien ténue : je veux survivre à mes ennemis, je veux que ma mort m’appartienne. Et si le désespoir peut devenir une force, alors ces ultimes épreuves seront le sceau d’une renaissance.

 


 

     Je ne sais pas si je suis faite pour l’oisiveté. Elle amplifie le face à face que je livre avec moi-même depuis plusieurs mois. Une forme d’angoisse s’empare de moi, sans doute liée aux changements profonds qui s’opèrent en moi. Pourtant certaines choses demeurent immuables. D’autres m’apparaissent plus nettement, ce qui me permet d’en saisir toute la portée sur mon passé.

     Il est curieux que je découvre à quel point mes positions sur certains sujets ont guidé toute ma vie, sans pour autant qu’à un moment je n’aie examiné leur fondement. Je suppose que notre subjectivité, notre conditionnement inconscient façonnent malgré nous tout un système de construction dont certains principes forment les pierres de touche que jamais on ne pense contester. Curieusement c’est bien là la source de bien de mes difficultés !

 

     Je me rends compte que ma haine de la magie n’a jamais faibli avec le temps. Sa première justification, je veux parler de la mort de mon frère, a survécu aux années mais dissimule des causes bien plus profondes. Depuis plusieurs jours, je ressens en moi cet appel, je ressens le besoin de m’opposer. Et je veux en connaître la raison car j’ai besoin d’éviter de m’exposer inutilement. Or je veux à nouveau me battre ! Oui, je veux me battre ! Je veux affronter mes ennemis !

     En fait, je découvre peu à peu le fondement de ma conduite. Je pense qu’il y a une résurgence de mon enfance. Pour moi, les magiciens étaient des êtres extraordinaires. Ils détiennent un pouvoir énorme : ils peuvent en fonction de leur désir changer le monde. Ce pouvoir est bien sûr en eux mais aussi pour beaucoup dans celui qu’on leur donne. Avec l’âge, j’ai découvert leur poids sur les nations. A vrai dire, dans bien des cas, ils dirigent le monde sans que nous nous en rendions en compte, parfois à la lumière de tous, parfois dans l’ombre. En ce sens, chacun de nous, en l’acceptant, ne fait que l’augmenter. Ils sont donc bien, comme je l’ai déjà dit, capables de changer le monde et souvent avec notre bénédiction. Et que font-ils de ce pouvoir extraordinaire qu’on leur confie ? Rien. Depuis la nuit des temps, ils ne font que maintenir un ordre qui finalement les protège ; qu’ils soient bons ou mauvais, ils n’ont jamais rien changé ! Je les hais parce qu’ils sont responsables du monde dans lequel on vit. En défendant le mal, ils poursuivent principalement des ambitions personnelles, en défendant le bien, ils ne recherchent qu’à figer notre monde dans l’équilibre actuel, comme si celui-ci était un idéal pour chacun de nous.

     En aucun je ne puis porter aujourd’hui le même regard : ils sont indignes du pouvoir qu’on leur laisse, ils ont trahi nos rêves d’enfant, et je pense qu’ici se trouve la cause réelle de ma haine de la magie. Du monde merveilleux que l’on projette enfant, ils ont figé le monde d’Adulte pour le sceller malgré nous. Nous payons et continuerons de payer bien des décisions du passé avant même d’espérer une amélioration. Et, souvent, au nom d’une pseudo cause, ils n’utilisent leur pouvoir que pour maintenir ce monde qui les favorise tant.

 

     Tout ceci n’est que lâcheté et hypocrisie. Je veux me battre contre leur vision car, en elle, bien souvent, a germé tout mon destin. Ils ne nous laissent aucune alternative. De leur justice naquirent les plus terribles guerres. Leur mainmise sur les Etats nous conduit inexorablement vers un monde sans rêves. Et ces rêves d’hier et de demain, je veux les leur arracher des mains, quels qu’ils soient : beaux, fous ou effrayants. Pas forcément pour les vivre mais pour les rendre possibles, comme je l’imaginais enfant. Je veux juste que ma vie m’entraîne au bord de leurs rives.

     Pour cela, je crois que je tiens une piste que j’avais oubliée. Elle est à la fois parfaite et dangereuse. Il me suffit de retrouver la deuxième prière de la dame du Lac pour donner vie à ma mission. Si elle contient bien le pouvoir que je crois, j’exaucerai une douce vengeance personnelle et donnerai un sens à mes actes. Je ne sais si l’onde de choc sera aussi grande que ce que j’envisage, mais elle seule sera en mesure de porter un coup suffisant à ces magiciens pour faire trembler ce monde. Ce n’est pas que je souhaite le détruire, mais je sens que je pourrais ouvrir une voie pour d’autres que moi.

     Suis-je folle de tant vouloir ? Est-ce que je mesure toute la portée de mes actes ? Non, bien sûr. Je me laisse encore un peu de temps avant de passer à l’action. Mais l’idée d’ouvrir le champ des possibles vers de nouveaux horizons pour d’autres que moi me motive. Cet ordre millénaire s’est établi sur cette magie, que se passerait-il si elle disparaissait ? De nouveaux équilibres et nouvelles sphères de pouvoir se créeraient. Je ne recherche pas une place pour moi, non, j’espère juste assister à la naissance d’un nouveau monde.

     Pour cela, je pense avoir un plan d’action. Par le passé, j’avais trouvé dans différents raids que nous avions menés, deux fragments de la Première Pierre d’Amagie d’Arken. Or, si j’ai bien gardé le souvenir exact du Livre des Fondations, cette pierre serait à l’origine de la magie de ce monde. En creusant cette information, il semblerait qu’en réunissant chacun de ses fragments pour la reconstituer telle qu’elle était à l’origine, sa puissance pourrait à nouveau renfermer cette énergie surnaturelle. Peut-être que derrière cette notion qui m’est abstraite aujourd’hui, l’auteur parlait tout simplement de la naissance de la magie en ce monde. Peut-on inverser le processus de la même manière que ce qui lui a donné naissance ? J’ignore où cela me conduira, mais voilà mon but.

 


 

     Il y a bien longtemps que je n’ai pas été aussi inactive. Je regarde les autres s’occuper de moi, tout au plus je donne quelques ordres. Cela dit, je m’ennuie. Où m’étais-je arrêtée dans mon histoire ? Ah oui, mon départ !

     Je m’attendais à affronter une nouvelle forme de solitude mais Kaerion me montra que nous n’étions pas sans ressources. Au contraire, le geste que j’avais commis fit naître une solidarité parmi les espions de Naggaroth. Nous avions bien plus de frères que nous ne l’eussions pensé et ils étaient fiers d’avoir de nouvelles recrues parmi eux. J’envisageai notre départ d’Ulthuan dans le chaos, et finalement ce fut dans un certain confort et parfaitement organisé qu’il se déroula.

     Seulement il fallut faire vite, abandonner toute notre famille sans nous retourner ni même les revoir. Je n’emportai avec moi que le pendentif de ma mère, mon sentiment de trahison vis-à-vis d’elle aurait sans doute été trop grand si je ne l’avais pas pris avec moi. Plus que jamais, Kaerion et moi n’avions jamais été si unis et proches. Un terrible lien nous unissait maintenant qui nous rendait forts comme seuls peuvent l’être de jeunes inconscients face à l’inconnu. A cette heure, nous n’étions définitivement plus des enfants.

 

     Peu à peu, nous prîmes conscience du danger. Tout comme je le suis maintenant, nous étions recherchés pour être jugés et le sort des traîtres nous était connu, aussi impitoyable hier qu’aujourd’hui. Le plus curieux pour moi est que je n’ai jamais eu la volonté de trahir : dans les deux cas, je n’avais pour seul objectif que d’être moi-même, de trouver ma propre place dans ce monde. Bien sûr, les évènements se répètent mais je vois de profondes différences. Hier, j’étais beaucoup moins seule qu’aujourd’hui et je devinais ce que j’allais découvrir. Aujourd’hui, j’affronte un grand néant qu’il me faut peupler au milieu des fantômes du passé. Mon amour, que puis-je faire sans toi ? Ta philosophie guide toujours mes pas et c’est ainsi que tu vis toujours en moi, mais tes derniers cris résonnent toujours dans ma tête. Je ne cherche plus à les chasser, tout comme je garde en mémoire ton visage déformé par la douleur. Amour, je me battrai pour trouver ma paix intérieure pour que tu puisses enfin t’y reposer. Ce sera ma façon de vaincre mes ennemis. Non, j’ai d’autres plans pour eux.

 

     Le plus difficile était de partir de l’île pour gagner une direction complètement taboue sur nos terres, un pays, disait-on, dévasté et lugubre. Nous étions complètement à la merci des personnes qui secrètement nous abritaient. Les nouvelles qui nous parvenaient de l’extérieur étaient complètement déformées. Nous étions là devenus des hors-la-loi et nous avions hérité de tous les maux de ces derniers mois. Nous sûmes ainsi que c’était aussi une manière pour les Drucchis de blanchir le plus possible leurs propres espions. Parfois, nous avouèrent-ils, la calomnie fonctionne toute seule et a priori, c’était le cas pour nous. Aussi étrange que cela puisse paraître, nous commençâmes à rire de ces elfes qui restaient encore des frères ; peu à peu, ils devenaient à nos yeux faibles et naïfs, nous comprenions toute la force que nous nous apprêtions à assimiler, et l’humour férocement noir dont était capable notre nouveau peuple. Vu de l’extérieur, nous n’y voyions que lâcheté, de l’intérieur, nous vîmes toute sa puissance née d’une petite province, une puissance capable de défier l’une des plus puissantes nations de ce monde et d’effrayer la terre entière.

 

     Nous dûmes attendre le débarquement de nouvelles troupes du Roi Sorcier pour prendre le large. Nous découvrîmes alors une véritable organisation secrète, avec ses passe-droits, ses codes et une grande solidarité que les Asurs ne pouvaient soupçonner. Au contraire, l’image qu’ils véhiculent de leurs faux frères prenait fréquemment des allures de propagande. Certes, les Drucchis sont capables d’une grande cruauté, d’une fourberie infinie et de traîtrise parfois même entre eux, mais il existe également un code d’honneur et une discipline sans lesquels nulle société millénaire n’aurait pu s’ériger.

     Ce n’est que dans la longue attente du navire que l’angoisse apparut. Nous avions pris une décision capitale qui changerait notre vie à jamais et, peu à peu, la conscience de tout ce que nous allions quitter et sans doute renier pris corps. Nous ne pûmes nous mentir sur le sujet. Bien que nous n’ayons jamais remis en cause notre décision, nous comprîmes toute sa portée. En nous avouant nos doutes, nous ne fîmes que renforcer notre amour et nous affrontions très souvent ce nouveau destin main dans la main. Les Drucchis qui nous avaient pris en charge plaisantaient souvent sur notre conduite, mais ils avaient également un je ne sais quoi de protecteur. Certains nous mettaient en garde sur son côté futile, d’autres nous disaient que nous avions quelque chose de très précieux, mais qu’il pouvait nous être très dangereux.

     De mon côté, je découvrais un nouveau Kaerion. C’était le soldat habitué à fréquenter les casernes et à être entre hommes. Il était capable de réparties tantôt très spirituelles tantôt grossières qui faisaient mouche à chaque fois. Son esprit et sa détermination, malgré son jeune âge, avaient fini par lui faire gagner le respect de tous nos nouveaux compagnons.

     Quant à moi, j’avais peu de repères. Les seuls que j’avais dataient de mon enfance et le contact à la fois raffiné et viril de cet univers masculin me déstabilisa un moment. Puis, peu à peu, je me rendis compte qu’il me convenait beaucoup plus que celui dans lequel j’avais passé ces dernières années. Je sus oublier mes toilettes et retrouver la petite sauvageonne que j’avais été. Mais pour m’affirmer face à eux, il me fallut montrer que j’étais plus que ça, une femme qui concilie le charme, l’audace et la force de la ruse. Sans doute guidé par le Dieu Sombre, j’y parvins assez aisément si bien que lorsque le bateau accosta, nous étions complètement acceptés. Pourtant, contrairement à Kaerion, je sentais dans leur regard que j’avais encore en moi un fond d’Asur. Ils avaient bien sûr raison, on ne change pas si vite. Toutefois, lorsqu’ils lui lançaient : « Ta petite lionne est prometteuse ! », je n’avais aucun doute sur mon avenir.

 


 

     Je cherche un voile susceptible de me protéger du harcèlement permanent de mes pensées, de mes remords et de mon chagrin. Malheureusement je ne sais s’il existe. Je dois retrouver la force qui était en moi avant… Parfois je m’en sens capable, parfois je me demande si elle n’était pas simplement la cause de ma perte. Pourtant, je sens qu’une simple petite caresse m’y aiderait beaucoup.

 


 

     Les choses se mettent en place autour de moi. La menace que je représente a pris corps dans l’esprit de mes ennemis. Je suis à nouveau sur pieds et j’ai plein de résolutions dans ma tête. Nous allons continuer à rechercher des éclats de manière délibérée. Ce matin, une petite unité de cavaliers, sans doute à nos trousses, a croisé nos chemins. Dans sa surprise de me retrouver, ils m’ont chargée sans imaginer une seconde que nous étions bien plus que les trois ou quatre elfines au milieu de la route. Deux dizaines m’accompagnaient sur les bas côtés.

     Retrouver l’ivresse du combat ! C’est un peu comme retrouver la parole pour moi ! Bêtement, je me suis postée droit devant deux d’entre eux. Je dis bêtement car il était inutile de m’exposer autant, surtout que mon bras est encore raide, mais je voulais tester mes sensations, les laissant s’approcher le près possible de moi pour voir peu à peu le doute dans leurs yeux. Rien de plus déstabilisant que de faire face à un soldat qui vous défie alors que rien ne semble pouvoir le sauver. Et je l’ai vu se tapir peu à peu dans leurs yeux, dans leurs cris. Il m’a suffit de fermer les yeux juste avant le moment du choc pour deviner leurs gestes. J’ai donc percuté de plein fouet les jambes de leurs chevaux avec la lame de mon sabre. Ainsi blessées, les montures transformèrent leur cavalier en soldat de plomb. Je n’ai pu agir ainsi que sur l’un d’entre eux, le second eut son poitrail ouvert, provoquant un horrible hennissement qui paralysa un fatal instant son maître. Le reste se résume à un bref massacre…

     Lorsque toute mon unité s’est ruée sur ces elfes, il était trop tard pour eux pour fuir. J’ai longuement hésité à en laisser un en vie, histoire qu’il raconte mon retour. Finalement, j’ai décidé de ne pas être clémente, ce temps, ici, est révolu pour moi. Ce n’est pas par esprit de vengeance, non, mais je dois prouver à tous que j’existe.

 

     Avec cette première altercation, je ne suis plus si sûre qu’ils cherchent à me capturer vivante, pour eux aussi, ce temps est révolu. Ma blessure s’est rouverte, mon bras saigne abondamment. Pour l’instant, je ne sens pas la douleur, profitons-en pour continuer à réfléchir.

     Il est urgent que je nous donne un but, que j’organise la petite force dont je dispose. Nous allons affronter un ennemi que nous connaissons parfaitement mais qui peut nous anéantir d’un revers de la main. Pour l’instant, j’ai agi sans trop réfléchir et je crois que je vais à ma perte en gardant ce cap. Les événements se précipitent. Je suis sur pieds depuis quelques heures et je me conduis comme si je voulais en finir au plus vite. Je sens Grienlyce bouillir en me voyant me conduire ainsi. Elle n’a pas tort, mais elle ignore ce que j’ai vécu et toute la frustration tapie en moi. Je dois aussi avouer que j’ai pris plaisir à tuer. C’était la première fois depuis mon évasion que je suis restée lucide sur mes actes. Et sur ce point, je n’ai pas changé… Pourtant, au fond de moi, un début de conscience se réveille… Oui, Treviline, tu as raison. Et, toi, mon amour, en me conduisant ainsi, je fais comme si tu étais mort pour rien, comme si j’avais oublié tes paroles… Non, décidément, ma petite Alarielle, tu as encore un long chemin pour devenir une reine digne de tout ceux qui t’ont vraiment aimée. Vais-je vraiment le suivre ?

 


 

     Satanée blessure ! Me revoilà alitée ! Satanée Grienlyce ! Elle m’oblige à rester tranquille alors que je brûle d’impatience d’agir, de prendre mon destin en main… Je ne connaîtrais pas mon amie si bien, je pourrais presque avoir un doute sur elle, comme si elle cherchait à prendre ma place. Je ne crois pas, elle aurait pu facilement se débarrasser de moi avant. Et puis, cette disgrâce à mes yeux est davantage le fruit de ma mauvaise foi que de son ambition. Plus honnêtement, je pense qu’elle me juge un peu trop imprudente, ce qui est plutôt exact. C’est exactement ce qui m’agace le plus car, en se conduisant ainsi, elle se conduit comme une mère pour moi, sous-entendant que je serais une enfant. La prochaine fois que je la vois, il faudra m’entretenir avec elle.

 


 

     Grienlyce a avouée qu’elle me sentait effectivement bouillir à ses ordres de tempérance et qu’elle ne pouvait s’empêcher de sourire devant ma mauvaise foi. Brave Grienlyce, je crois qu’il y là de vraies preuves d’amour. De plus, elle a réussi à amplifier autour de nous les derniers événements de manière à toucher le plus de nos fidèles. Selon elle, nous devrions être prochainement plusieurs centaines. Je crois que je peux me reposer tranquillement et sereinement. Il me faudra toutes mes forces pour diriger cette petite armée.

 


 

     C’est étrange, plus j’avance dans mon carnet, plus il occupe une place importante dans mon esprit. Il m’arrive de penser à ce que je devrais y mettre à l’avance. Au tout début, je notais principalement ce qui me passait dans la tête. Maintenant, je me rends compte que je ne peux m’empêcher d’orchestrer les choses. Je dois avouer que j’avais l’intention de faire coïncider les deux départs ensemble de manière à analyser les parallèles et dégager des différences. Malheureusement, je ne pourrai pas. Ma blessure m’a empêchée de terminer ce que je voulais faire. Je vais donc retracer mon départ, le premier véritable de ma courte vie d’alors.

 

     Sur le bateau, nous sentîmes une grande ivresse. C’était pour moi la toute première fois que je découvrais le vent du large, bien sûr, je connus ses désagréments qui amusèrent beaucoup mon compagnon et qui m’empêcha d’en profiter pleinement. Peu à peu, je trouvai le pied marin. Je pouvais enfin jouir de toute l’excitation que nous procurait cette nouvelle aventure. Pour moi, j’avais véritablement l’impression de commencer ma vraie vie, tout mon passé n’était que compromission avec mes véritables aspirations. Nous commençâmes à construire l’avenir qui nous attendait ! Notre amour allait encore grandir ! Kaerion allait donner sens à mes rêves d’enfant, j’allais devenir sa petite reine dans un pays que nous ne connaissions pas encore.

     Je ne saurais dire si la traversée me parut longue parce que nous étions impatients ou parce que nous nous sentions encore étrangers à tout ce qui nous entourait. Plus que jamais, nous nous retrouvions seuls au milieu du monde. Quand je dis « nous », je m’abuse certainement, j’aurais dû employer le « je » car Kaerion connaissait déjà cette vie et les traits d’esprit si spécifiques de nos nouveaux frères. De mon côté, assez bizarrement, je m’étais déclaré drucchie par une démarche uniquement intérieure. Je l’étais au fond de moi sans avoir rien connu de l’extérieur pour le confirmer. L’absence de femme à bord accentuait également ce phénomène. Je me serais certainement plus facilement confiée à l’une d’entre elles qu’aux marins de l’équipage. Aussi étais-je très dépendante de mon compagnon qui, lui, devait également s’affirmer aux yeux des autres elfes. Il avait deviné bien des pensées en moi mais il lui manquait beaucoup trop de choses que je ne lui avais jamais dites pour qu’il puisse me comprendre complètement. Et ça aussi, il l’avait senti. Pour compenser ce léger fossé entre nous, nous multipliâmes nos étreintes, et notre ardeur suscitait des réactions à la fois amusées et complices de notre entourage. Elles devinrent un premier pont entre nous.

 

     Bien sûr, au cours de ce voyage, je finis par sympathiser avec certains elfes de l’équipage. Ce qui me surprit avant tout, c’était leur franchise sur des sujets qui justement auraient été poliment évités par nos anciens frères. Aujourd’hui je comprends que cette impression était plus liée à leurs origines modestes, mais il est vrai aussi que les elfes noirs ont beaucoup moins de fausse pudeur.

     Autour de moi, je sentais le désir dans leur regard, dont j’étais protégée par le profond respect que Kaerion avait réussi à imposer. La sensation qui m’a le plus marquée reste aujourd’hui l’absence de barrière derrière lesquelles j’aurais pu me protéger. Aucune distance particulière ne s’érigeait entre eux et moi. Au contraire, il n’existait que celle que je voulais maintenir et qui finalement me maintenait malgré moi au statut d’étrangère. Eux m’avaient acceptée depuis longtemps sachant d’où je venais et ce qui m’attendait. Ils auraient sans doute été ravis de discuter avec moi mais, au fond de moi, persistaient des peurs, notamment parce que je sentais que toute une partie de moi m’était inconnue. Au lieu de d’ores et déjà l’explorer, je recherchais un environnement plus proche de ce que j’étais pour m’y plonger. Il m’aurait fallu quelque chose d’équivalent au collège de Magie, c’est-à-dire d’autres elfines de mon âge qui m’auraient servi de miroir. Le seul reflet que je pouvais avoir, je le trouvais dans les yeux de Kaerion. Mais de son côté, il bouillonnait d’impatience d’arriver et occupait ses journées à aider les marins. Peu à peu, je tâchais de me rendre utile à bord. Ce changement eut immédiatement des répercussions inattendues. En effet, pour travailler, je devais endosser des tenues très différentes des robes complexes et élégantes, les troquer contre des culottes d’hommes et des chemises que j’avais raccourcies. Il n’était pas rare que je les abîme et, peu à peu, en fonction de la sensualité que je dégageais, à mon grand étonnement, mon entourage changea d’attitude de manière très positive. Je m’attendais à de la grivoiserie, il n’en fut rien, je devenais soudain une vraie femme à leurs yeux, et non plus une petite elfine apeurée et effarouchée. Je compris que j’étais en train de détruire l’image de l’Asur que je restais. Au lieu de sentir des regards lubriques ou canailles, j’obtins en retour le sentiment d’être acceptée, comme si l’appel aux sens était pour ce peuple beaucoup plus naturel.

     Les derniers jours à bord, j’étais devenue une des leurs. Lorsque j’en parlai à Kaerion, lui-même m’avoua sa surprise. Mais il me donna une explication à laquelle je ne n’avais pas pensé : les elfines Drucchies s’habillaient très différemment, bien qu’il n’en ait lui aussi jamais vues, il me dit qu’autant les Asurs étaient les reines de l’élégance, autant les Drucchies régnaient sur la sensualité. Son propos ne fit qu’amplifier mon désir de rencontrer mes sœurs. Je finis par en parler à certains matelots, ils me rassurèrent en me disant que je n’avais aucun complexe à avoir, au contraire, je devais me méfier de la jalousie que je ne manquerais pas de susciter. Je me sentis flattée sans pour autant avoir réussi à dissiper mes appréhensions.

 

     Néanmoins, j’éprouvais un sentiment de honte, il y avait une partie de moi qui refusais d’admettre un tel changement. Je compris que je ne pourrais jamais vivre sereinement en gardant mon prénom. J’en fis part à Kaerion qui fut d’accord. Alarielle était aux yeux des elfes noirs la reine des Asurs ; bien qu’il eût pu y avoir un plaisir pour eux que je salisse ce nom, il conservait pour moi une bien trop grande signification pour que je l’accepte. D’ailleurs, lorsqu’ils le prononçaient, leur voix avait un accent qui me mettait profondément mal à l’aise. Nous cherchâmes un nouveau prénom qui m’appartiendrait et avec lequel j’étais prête à vivre ma nouvelle histoire. Ce fut Kaerion qui le trouva : j’allais tourner la page sur Allariel, je prendrais donc mon destin en main en tant qu’Ameryel. Cette légère altération de mon prénom me plut immédiatement. A cet instant, nul doute que ma vie allait prendre un nouveau chemin fait d’aventures et de rêves. Tout ceci n’était que projection, mais, au plus profond de moi, je savais déjà une chose : que mon futur s’écrirait en lettres de sang !

 


 

     Les choses s’accélèrent autour de moi. Nous étions en train d’accueillir de nouvelles sœurs, une dizaine, nous leur avions même remis nos capes rouges, quand un cri puis un sifflement d’alerte ont retenti. Puis une confusion sans nom a suivi. Je me souviens d’avoir sectionné le poignet d’une ennemie, égorgé une ou deux, mais tout ceci se déroula dans une telle panique que tout est confus. Nous étions cernées et les nouvelles arrivantes se sont avérées des traîtresses, nous devions nous battre contre des images de nous-mêmes. La seule chose à faire fut de fuir mais nous ignorions d’où venait le gros de l’ennemi. Heureusement pour nous, elles étaient sous l’influence de drogues de combat. Beaucoup se dispersaient dans des efforts inutiles. Pour que l’alerte fût donnée si tardivement, elles devaient venir du bois voisin, en tout cas c’est l’hypothèse que j’ai faite. J’ai donc décidé de bifurquer vers le torrent. Là, nous savions que plusieurs barques de pêcheurs pourraient nous entraîner de l’autre côté de la rive. L’idée était de nous faire traverser en espérant lutter suffisamment contre le courant, avant que la cascade nous emporte et de les laisser sur l’autre rive au risque de finir dans les tourbillons. Ce plan a marché avec trois barques, deux ont été emportées, mais il y a eu peu de victimes, l’essentiel de mes troupes a survécu.

     Nous sommes pour l’instant complètement disséminées, j’ai un groupe d’une vingtaine de personnes avec moi. J’ignore si Grienlyce s’en est sortie et comment nous ferons pour nous regrouper. Les pertes sont énormes. Nous avions notre ancien point de ralliement, mais est-il sûr ? Nous avons certainement des traîtres parmi nous.

     Mais cette attaque est révélatrice. Le pouvoir veut se débarrasser de moi et, ce qui m’inquiète le plus, l’Ordre semble aussi avoir cédé car il s’agissait d’authentiques disciples de Khaine qui nous ont affrontées. Je pensais avoir le soutien discret de la Grande Matriarche, mais nous avons la preuve que c’est terminé. Dorénavant nous serons beaucoup plus prudentes, nous évoluerons en petit groupes avec une personne de confiance à la tête de chaque. Le temps des caprices est révolu, place à la discipline et à la sagesse.

 


 

     J’ai envoyé trois espionnes pour essayer de localiser leur camp. C’est une véritable armée qui nous poursuivait. Par chance, il semblerait que l’assaut de nos anciennes sœurs ait été prématuré... Quand cesseront-ils de nous droguer de la sorte pour combattre ? Ne nous plaignons pas, car si nous sommes vivantes ou libres, c’est bien grâce à ça. Grienlyce est vivante et prisonnière, avec vingt autres. Elles ont même réussi à parler avec elles ; elles ont passé de sales interrogatoires, nous ignorons ce qui a pu être divulgué, mais je fais l’hypothèse que tout ce que nous avions planifié est connu.

     A l’aube, lorsque la fatigue s’abat et l’attention diminue, nous tâcherons de les délivrer. Mon bras me fait encore mal, mais nous avons besoin de toutes nos forces pour nous en sortir.

 


 

     Nous avons réussi ! Nous avons réussi et sans effusion de sang. Grienlyce avait orchestré une évasion en devançant mon intervention. Elle se doutait de tout. Elle m’a avoué que sa crainte était de faire tout échouer si jamais elles entraient en action au mauvais moment. Heureusement ce ne fut pas le cas. Elles avaient réussi à neutraliser l’essentiel du dispositif de surveillance. Lorsque nous nous sommes approchées de leur prison improvisée et que nous n’avons vu personne, j’ai cru un moment que toutes avaient été exécutées, comme s'ils avaient obtenu toutes les informations qu’ils recherchaient. Trois sont restées entre leurs mains, a priori encore en train d’être interrogées. Je suis malheureusement obligées de les abandonner à leur terrible sort.

 

     Grienlyce me paraît très abattue, elle aurait enduré de longues heures de torture stoïquement. Elle m’a avoué qu’elle n’était pas sûre de tenir une nouvelle séance si nous n’étions pas arrivés. Elle ignore comment elle a eu la lucidité d’orchestrer la fuite. J’espère qu’il ne s’agit pas d’un piège, tout s’est passé si facilement… En tout cas, les marques que je vois partout sur son corps sont réelles. Je sens qu’elle ne m’a pas tout dit, mais finalement, c’est plutôt bon signe, elle éprouve donc soit des remords soit de la peur. En manœuvrant bien, je devrais finir par découvrir ce qu’il en retourne. Je vais la laisser se reposer, quoi qu’elle ait pu dire ou faire là-bas, elle le mérite. D’ailleurs, c’est un peu le message que je lui délivrerai : ce qui a pu se dérouler dans le camp n’a pas d’importance pour moi, même si elle a pu me trahir dans le feu de l’action, l’essentiel est qu’elle veuille retrouver sa place. Je dépose dans ses mains ma confiance. Je ne crois pas qu’ils aient des moyens de faire pression sur elle via son entourage. En tout cas, je tâcherai de me renseigner.

 


 

     Nous avons pris la direction de la côte. J’ai beaucoup de peine pour toutes celles qui ont péri en voulant me suivre. Ce n’est pas la première fois, mais cette fois-ci, quelque chose de plus profond me touche parce qu’elles m’avaient fait confiance et si j’ai repris courage, c’est grâce à elles, elles m’ont prouvé que je n’étais pas seule à rêver cette folie. Avec ce nouveau malheur, le doute m’envahit à nouveau, quelque chose de plus profond s’immisce. Les lignes que j’ai écrites sur mon passé sont très révélatrices : Kaerion, qu’avons-nous fait ? Qu’avons-nous fait de cette liberté qui s’ouvrait à nous ?

     J’ai bien peur que nous n’ayons pas pris le bon chemin. Nous avons pris la terrible et enivrante liberté de commettre le Mal. Nous avons oublié bien de nos rêves, nous en avons découvert d’autres, tous plus morbides les uns que les autres. Pourtant, ils nous ont donné bien de délicieux tourments. Seulement, nous avons juste choisi l’un et l’autre la voie que nous souhaitions si ardemment depuis toujours, nous battre pour prouver notre force et nous trouver une place dans ce monde. Ce pays est plein de contradictions. Je le regarde autour de moi m’envahir de cette terre si belle de souffrance, comme si c’était la dernière fois. Je le regarde, et il me prend toujours à la gorge, car, je le sais, là est à jamais une partie de mon âme.

     Mes chères Terres Noires, je vais partir parce que c’est ma vie que je sauve, parce que j’y ai perdu presque tous ceux que j’ai aimés. Je tremble de vos vents qui me balaient le visage. Je tremble parce que j’ai de la colère au fond de moi. Je tremble parce que je le sais, Kaerion. Mais, où que tu sois, dis-moi, Kaerion, dis-moi ce que tu as fait ? Non, ne me le dis pas, je le sais, Kaerion. Je le sais…C’est pourquoi je pars demain. J’avais dit que mon futur s’écrirait en lettre de sang, si seulement je m’étais un peu trompée... Aujourd’hui, j’ignore ce que sera mon avenir, ni comment il sera écrit, peut-être à la plume en encre noire dans ce petit carnet ou son petit frère ? Que vas-tu faire, ma chère ? Allez, la nuit porte conseil, et regarde comme elle est belle, ce soir. Regarde et écoute le vacarme des vagues.

     Chère vague, ce n’est pas la falaise qui résonne sous ta force mais mon cœur qui se dresse contre toi. Tu es mon sang, tu me donnes ma force. Et pourtant ton écume est si fragile, elle se désincarne au premier obstacle comme le souffle du mourant. Vous me manquerez, vagues nocturnes sur la plus noire des roches. A chaque fois que vous cognez ce roc, je sens toutes mes forces s’étendre devant moi. Suis-je le roc ? Suis-je l’écume ? Suis-je la vague ? Je suis un, je suis deux, je suis trois. Hier Allariel, aujourd’hui Ameryel, et demain ? Ne bats pas trop vite mon cœur, ne bats pas trop vite. Savoure cette écume qui tombe sur tes joues, savoure l’assourdissant tonnerre qui gronde partout autour de toi, savoure cette nuit noire où ton esprit a retrouvé sa lucidité, car je ne suis plus Ameryel et j’ignore qui je suis devenu, mais je connais maintenant ce que je veux réellement. Le monde, une nouvelle fois, m’appartient. Cette fois-ci, non, je le sais, je ne me tromperai pas de chemin, je choisirais précisément celui que j’ai finalement toujours voulu. Etre libre, non pas comme une reine, mais comme une enfant. J’ai à nouveau une cour autour de moi qui m’écoute, non pas pour régner mais pour exister. Et s’il me reste plus qu’à me trouver ma couronne, j’en choisirais une en fleurs de lys, non pas pour être reine mais pour décorer simplement ma tête, tout simplement.

 

Et je m’en irai,

Seule,

Avec rien

D’autre que la foi.

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