file Thème de Discussion: Le Diable

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il y a 7 ans 1 semaine #21304 par Zarathoustra
Thème de Discussion: Le Diable a été créé par Zarathoustra
Voilà, comme je l'ai indiqué dans l'édito du Juillet-Août, je vous propose un sujet de discussion où chacun pourra donner ses idées ou tout ce que lui inspire le thème du mois, en l’occurrence celui du Diable.

Voilà, si vous deviez exploiter ce thème ou exploiter le diable en tant que personnage, comment procéderiez-vous? Et si vous deviez lire un texte qui vous stimule, qu’aimeriez-vous y lire?

C'est tout le sujet! Amis Chroniqueurs, à vous de lancer les débats!

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il y a 7 ans 6 jours #21332 par Zarathoustra
Réponse de Zarathoustra sur le sujet Thème de Discussion: Le Diable
On dirait que le Diable ne vous inspire pas beaucoup...
Moi, je trouve que c'est un personnage fabuleux. Il suffit de mentionner son nom, et soudain il y a comme un trouble ambiguë qui apparaît. Quelque part, ce qui est fascinant en lui, c'est qu'il est capable de tout et surtout de nous surprendre et d'être là où on ne l'attend pas. J'aimerai bien un jour jouer avec cette idée.

L'autre point que je trouve encore plus fort avec lui, c'est qu'il n'a pas besoin d'être là. Juste le fait qu'on sente son ombre planer sur une histoire et j'ai comme l'impression que l’histoire prend une soudaine tournure. Certes, cela peut donner lieu à du fantastique, mais pas obligatoirement. En fait, il suffit qu'il y ait comme enjeu la lutte entre le Bien et le Mal pour qu'on le devine. Et ça, c'est très fort.
Pour ma part, j'aimerai aussi arriver un jour à écrire une histoire qui permettrait de jouer avec ce que le lecteur projetterait à son sujet.

Bref, je vois deux dimensions autour de ce thème:
1- le Diable en tant que personnage. Certes, on peut le voir comme le Mal. Mais j'aime le voir autrement. Le Diable et son action se situerait justement au-delà du Bien et du Mal. Pour lui, peu importe les moyens, seul compte le résultat.
2- et le Diable en tant qu'influence avec sa présence en hors champ. Bien sûr, il y a la notion des dilemmes moraux, et, quelque part, son action sur le monde renforcerait implicitement l'humanité de l'homme. C'est parce que l'homme est faillible et peut succomber à la tentation qu'il devient plus intéressant qu'un Saint.

Alors, vous, ça ne vous inspire aucune idée de textes ou de personnages?

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il y a 11 mois 2 semaines - il y a 11 mois 2 semaines #21670 par Monthy3
Réponse de Monthy3 sur le sujet Thème de Discussion: Le Diable
Le Diable est assez présent dans mes récits... mais pas sous ce nom-là ! En fait, c'est un personnage que j'associe à deux thématiques :
- le pacte ;
- la tromperie.
Et donc, toute entité qui intervient sur ces deux aspects est en quelque sorte mon diable à moi. J'ai même deux exemples de ce tyoe d'intervention dans ma saga en cours, que je ne vais évidemment pas me priver de vous partager

Premier extrait, contexte : un érudit a découvert dans un souterrain un automate, chef d'oeuvre d'un peuple depuis disparu. Il en est tombé amoureux et l'emmène avec lui dans un long périple. Arrive une situation de crise, dans une sorte de musée d'anatomie de mauvais aloi, et voilà ce qu'il s'y passe :

Les lueurs projetées par les lampes transformaient la salle en théâtre d’ombres, aux monstrueuses actrices. Des yeux scintillaient et semblaient le suivre tandis qu’il avançait. Sur les murs, des silhouettes ondoyaient comme pour l’accompagner ou se pencher vers lui. Un courant d’air frais soufflait doucement ; il fit taire ce murmure en fermant pour de bon la parte laissée entrouverte. Une fois, il sursauta en tombant sur une femme hideuse, qui était peut-être un homme. Hermaphrodite : une erreur de la nature, qui hésita sur le sexe de la chose, lut-il sur l’étiquette en passant. A y regarder de plus près, il s’agissait d’un cadavre empaillé... Son horreur s’accrut, d’autant plus qu’il aurait pu jurer que le sexe de la monstruosité se dressait à son passage, promesse d’un abominable plaisir… Il hâta le pas.Enfin, le corps délicieux de Nana-Ori se détacha des ombres. Dans le clair-obscur, avec cet éclairage hésitant qui allait et venait sur sa peau de métal, elle paraissait respirer et osciller d’ennui, dans l’attente de son arrivée. Un éclat sur sa bouche fut un sourire, un éclair dans ses yeux un regard de reconnaissance. Sa main se tendait vers la sienne ; il approcha ses doigts, avant de se figer : la main de Nana-Ori se tendait vraiment vers la sienne…
  • Nana ? fit-il, hésitant. Peux-tu m’entendre ?
Dans le silence environnant, empli de menaces et de perversité, la voix qui s’éleva frappa comme le tonnerre :
  • Elle le pourrait.
Il la reconnaissait entre mille. C’était la voix dans son crâne et celle qui, deux nuits plus tôt, avait écrasé Trevor sous la poigne de Nana-Ori. Il fit un pas en arrière, retirant sa main, et balaya la salle du regard. Partout, ce n’étaient que formes vacillantes et contre-nature, mais non, bien trop naturelles ; silhouettes affreuses, naufrages de la foi, perte de tout espoir. Et tout cela, monstres, vitrines, lampes, tout cela lui renvoyait l’écho de la voix métallique.
  • Qui êtes-vous, à la fin ?
  • Celle qui t’a élu. Celle qui a guidé tes pas jusqu’à celle-ci.
  • Mais encore ? Mais pourquoi ?
En cet instant, la panique le disputait à la curiosité. Polaigny n’avait pas peur. Cette panique, il l’éprouvait au plus profond de ses os, dans sa moelle la plus sensible. C’était la panique de l’être humain face à une entité qui le dépassait, une entité venue du fond des âges susceptible de le broyer d’un regard. Peut-être un quidam quelconque du Pays du Fleuve, un paysan ou un ouvrier, un bourgeois à l’esprit étriqué ou un savant trop sceptique, aurait-il tout à fait perdu la raison. Mais Polaigny était d’une curiosité peu commune et d’un goût prononcé pour l’histoire et les artefacts de Ceux d’Avant, pour leurs rouages et leurs arcanes. Alors, quand l’air trembla devant lui et qu’une forme éthérée se mit à ondoyer, incertaine, vague, floue, la curiosité prit le dessus sur la panique et, non sans bruyamment déglutir, il contempla la Machine. Elle était grise et brillante, munie de roues, de chenilles, de ballons de gaz. Sa gueule vomissait de la vapeur qui était des secondes. Elle était énorme et démente, elle était impensable. Ses yeux ? Des diodes qui scrutaient un autre temps, ou peut-être un autre espace. Déjà elle s’estompait, et il ne resta plus que le son.
  • Voudrais-tu qu’elle t’entende ? Voudrais-tu qu’elle te parle ?
  • Je…
Il était en sueur. Son esprit était en déroute, vaincu par la vision. Il ne pouvait plus réfléchir, sinon avec son cœur qui s’emballait au point presque d’éclater. Un regard, un seul à Nana-Ori ; il la vit qui souriait, et cette main qui encore se tendait…
  • Bien sûr que je le veux !
  • Je te l’accorde.
Il n’en fallut pas davantage pour que la mécanique se mette en branle. Dans un discret gémissement du métal, Nana-Ori descendit de son socle et enjamba le cordon qui la séparait de l’antiquaire. N’osant y croire, il saisit enfin sa main qu’il baisa aussitôt, encore et encore, avant de se redresser et s’écrier :
  • Dis-moi que tu es mienne, ma Nana ! Dis-le moi !
  • Je suis tienne.
Par Ceux d’Avant, elle avait parlé ! Oui, Nana-Ori parlait ! Et cette voix… Ce n’était pas du métal froid et impersonnel, la neutralité déprimante d’un mécanisme enrayé ; cette voix, c’était la boîte à musique, c’était la mélodie d’une sirène, c’était le charme incarné ! Il en tomba instantanément, éperdument amoureux.
  • Oh, ma Nana-Ori…
Polaigny crut défaillir de bonheur. Les larmes pointèrent enfin, puis coulèrent à flot, tandis que l’allégresse pénétrait tous ses pores. Il s’effondra sous le coup de l’émotion, et seule l’assertion suivante de la Machine put lui faire relever la tête.
  • Je peux faire davantage.
  • Par quel prodige… ?
  • Je peux lui donner une âme, en lieu et place d’un programme.
  • Mais… quelle différence ? hoqueta-t-il. Et qu’est-ce qu’un programme ?
  • L’être qui se fait appeler Jhin dispose d’un pouvoir que je ne connais pas. Il a marqué celle-ci de son sceau. A tout moment, il peut prendre le dessus sur le programme. Mais il ne peut pas dominer les âmes.
Je peux lui donner une âme en lieu et place d’un programme.L’antiquaire chercha à retrouver l’insupportable vision, mais il ne restait plus qu’une vapeur qui s’étiolait peu à peu. Il cherchait un regard, une certitude. Il croisa deux améthystes, et tout devint clair et brillant.
  • Je le ferai en contrepartie d’un engagement de ta part.
  • J’accepte, lança-t-il étourdiment. Oh oui, j’accepte !
Il ignorait la nature du contrat ; mais que lui importait ? Il aurait tout donné pour que Nana-Ori l’aime sans contrainte ; il accepterait toutes les conditions pour un amour inconditionnel…

[... je coupe un peu pour abréger l'extrait]

Un papier se matérialisa dans sa main, qui ne trembla pas. Des lettres en capitales d’imprimerie récapitulaient fidèlement les termes de leur échange. S’il rompait ce contrat, était-il écrit, Polaigny perdrait à jamais Nana-Ori – non seulement la possibilité d’une âme, mais aussi ce programme qu’il venait d’obtenir… Mais que valait un programme face à la possibilité d’une âme ? Sans l’ombre d’une hésitation, sous le regard réjoui des aberrations du pavillon, il signa le pacte en apposant l’empreinte de son pouce. Le document disparu, mais son double demeura ; et Polaigny empocha son exemplaire avec soin.


Deuxième extrait, contexte : nous nous trouvons cette fois dans le château de Roland, descendant d'une lignée de Princes-poètes. Roland, chétif, mélancolique, rêve de pouvoir se confronter aux poètes de l'ancien temps ; de vivre une épopée qu'il pourrait coucher par écrit et ainsi voir sa postérité assurée. Dans le Pays du Fleuve, le dieu des poètes est le Barde ; mais à cette époque, les contrepoints noirs des dieux font furtivement leur apparition, et ce n'est pas vraiment le Barde qui apparaît à Roland...

Arnie s’inclina profondément et sortit, laissant Roland à ses démons familiers. Le Prince-Poète quitta le balcon et ferma les volets, las de cette contemplation stérile. Il s’assit dans son fauteuil tapissé de velours lie-de-vin et saisit la tasse posée sur un guéridon proche. Elle était vide. Il n’eut pas l’énergie d’appeler une servante pour le remplir et se contenta d’en fixer le fond, les marques irrégulières laissées par les herbes hallucinatoires. Elles dessinaient comme une figure, une figure qui se précise peu à peu sans qu’il s’en rende vraiment compte. Un chapeau apparaît d’abord, puis une main pour le soulever ; et l’autre main, pour porter la plume ; et la redingote, pour la poche qui contient le carnet et pour celle qui contient l’encre, et les jambes, et les pieds pour émerger de la tasse… Roland tressaille, enfin. Il y a bien une silhouette devant lui, de sa propre taille. Il est assis ; elle le surplombe. S’il avait été mondain et porté vers la mode, Roland aurait décelé des hiatus dans l’accoutrement de l’homme : une redingote de belle coupe, certes, mais d’un violet criard ; un pantalon trop large, presque bouffant, sur des sandales qui claquaient sur le sol ; et ce chapeau ? Presque celui d’Arnie, mais sans les grelots… Roland ne voit rien de tout cela. Il repère les yeux pétulants de l’homme et ce carnet qu’il dégaine comme un poignard, et cette plume qui écrit en rouge. Il jette un autre regard vers sa tasse, décidément vide. Cette fois, il ne rêve ni ne songe. L’être se dresse là, réjoui de son bon tour.
  • Dois-je appeler la garde ? s’enquit Roland avec indolence.
  • La garde saura-t-elle mettre en vers la légende du Prince-Poète ? La garde osera-t-elle relever le défi du Barde ?
La voix sifflait et insinuait comme la langue d’un serpent. Elle agressait ses oreilles et fouettait l’âme de ses lanières stridentes. Mais ces paroles… Elles avaient la volupté d’une courtisane et l’onctuosité du thé-des-astres. Elles sonnaient tel un chant, le chant d’une épopée. Pour la première fois depuis des lustres, ce fut l’œil brillant que Roland se redressa, dans son fauteuil où il s’enfonçait à jamais.
  • Seriez-vous le Barde, le divin Conteur ? Mes sanglots et mes lamentations seraient-elles parvenues, insignifiantes pattes de mouches, sur une page blanche de votre carnet ?
Ô, figure bizarre émergée des figures du thé, serez-vous mon thaumaturge ?
  • Je t’ai entendu, se contenta de répondre l’être, et tu m’as ému. Alors, me voilà.
Le Barde, puisque ce devait être lui, se mit à arpenter la pièce. De ses mains dissimulées dans des mitaines noires aux motifs argentés, il tâtait le mobilier. Ses doigts se posèrent ainsi sur des étagères garnies de recueils de vers et d’histoire, de jeux du solitaire et de casse-têtes insolubles tous résolus par Roland. Ils caressèrent le baldaquin du lit, finement sculpté de motifs fantastiques, et la soie des draps gris perle. Ils parcoururent les lignes mouvementées des arbres et des vagues, des champs de céréales et des pics rocheux, de La Tempête, chef d’œuvre de l’un des peintres officiels de la cour, Willem Pied-Bot, qui développait la fureur des éléments naturels sur plusieurs mètres de long. Ils suivirent les moulures du secrétaire, titillèrent les ferrures du coffre de fabrication occidentale. Enfin, il rouvrit la fenêtre et s’avança sur le balcon, ses deux poings dans les poches de sa redingote. Roland perçut l’invite. Il l’y rejoignit.
  • Il est une femme, commença le Barde, qui se languit amèrement depuis des siècles. La première, elle choisit de trahir son peuple pour écouter son cœur. Tu l’as compris, poète, car tu es cultivé : il s’agit de Cecy.
[... je coupe un peu pour abréger l'extrait]

Le Barde ne le détrompa pas. Il se contentait de le fixer, sévère. Après un moment, il reprit son cahier et écrivit à l’encre rouge des phrases qu’il montra à Roland, un incroyable défi, aux conséquences redoutables.
  • Ton ancêtre, dit le Conteur, osa accepter le défi que je lui lançai à l’époque. Il sut même en triompher.
  • Mais cela n’avait rien à voir, Barde ! Il s’agissait de composer des vers, sublimes, certes, merveilleux, mais simplement des vers ! Ton défi est tout autre. Je ne suis ni un aventurier, ni un assassin… Et j’ai des responsabilités. Je ne peux engager Au-Delà si facilement dans un tel engrenage, sans l’accord des Guildes.
  • Prince ! tonna le Barde.
Roland sursauta, mains plaquées sur ses oreilles. Elles sifflaient, si fort ! Elles vibraient presque. Il jeta un regard à la porte de sa chambre, espérant, priant les dieux pour que Rob ou Arnie s’élancent dans la pièce. Mais il demeura seul, seul face à l’effarante figure.
  • Prince ! tonna-t-il encore. Es-tu un poète ou un vulgaire marchand ?
Un marchand, pensa-t-il amèrement. Juste un marchand qui se croit un poète.
  • Un poète ! clama-t-il, effrayé.
La face de la figure se rapprocha brutalement de celle de Roland, plus livide que jamais. Elle était barrée d’un rictus hideux, qui rappelait le sourire tordu de la lune. Sans le quitter des yeux, le Conteur sortit de sa poche un nœud papillon rouge vif qu’il assujettit à son cou, dans un geste choquant de mauvais goût. Il pointa sa plume vers Roland.
  • Si tu réussis mon défi, Prince, je t’accorderai la compagne qui t’inspirera toute ta vie durant des poèmes exquis, à la postérité millénaire. Ton nom et celui de toute ta descendance seront chantés par les ménestrels et les poètes des générations futures.
  • Parles-tu de Cecy ? Je ne comprends pas…
  • Si tu échoues, poursuivit imperturbablement le Barde, ton existence sera réduite à ce grain de vase insignifiant qu’emporte le Marchand dans les roues de sa carriole, pour avoir roulé dessus sans même s’en rendre compte. Les historiens vous oublieront, toi et ton œuvre, et tu seras le dernier de ta lignée.
Va, à présent, fit le Conteur en se relevant. Va vers ton destin. Sois-en digne, comme de Cecy. Va, les Traces t’attendent. Elles t’attendent avec une singulière impatience.Sur ces ultimes sifflements, le Barde s’évanouit d’un coup, ne laissant derrière lui que de fines particules noires. Roland relâcha enfin les accotoirs, sur lesquels ses mains s’étaient crispées à s’en blanchir les phalanges. Inquiet, il parcourut sa chambre du regard. Il ne restait aucune trace du visiteur nocturne, ni même de son défi inscrit sur la feuille de son cahier. Roland aurait pu croire avoir rêvé, à la suite d’une décoction de thé-des-astres, n’eût été cette trace d’encre rouge qui avait tâché son pourpoint.Il ferma les yeux. Avait-il réellement relevé le défi ? Avait-il prononcé les mots en ce sens, ceux qui bouleverseraient sa vie à jamais ? Il ne savait plus. Les termes précis employés s’estompaient, disparaissaient derrière l’exaltation des promesses. Le Barde lui avait annoncé l’immortalité, celle de ses vers, celle de sa lignée. Cette opportunité, il l’avait attendue toute sa vie. A présent qu’elle se présentait, allait-il encore douter ? Fallait-il tergiverser et renâcler, fuir les Traces que personne ne lui interdisait en fait ? Quand il rouvrit les yeux, sa décision était prise. Il sonna un serviteur, lui donna un ordre. Bientôt, ses deux fidèles conseillers s’annoncèrent à sa porte.

Désolé, c'était long, mais en tout cas cela témoigne assez bien de la façon dont je conçois et donc j'aborde le concept du Diable dans mes textes ! J'espère être resté dans le thème

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il y a 11 mois 1 semaine #21691 par Zarathoustra
Réponse de Zarathoustra sur le sujet Thème de Discussion: Le Diable
Salut Monthy
Je passe par hasard dans ma boite anti-spam et je découvre que quelqu'un à poster un message... Tu as du bol. Je tâche de lire ton extrait et te fais retour.
Pour moi, le diable dans mes textes est aujourd'hui une entité abstraite qui force le lecteur à penser ou à envisager quelque chose qu'il ne veut pas. Mais il y a longtemps que je n'ai pas écrit de nouveaux textes, je ne fais que réécrire.
J'ignore si ton passage va rameuter du monde.

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il y a 10 mois 3 semaines - il y a 10 mois 3 semaines #21694 par Zarathoustra
Réponse de Zarathoustra sur le sujet Thème de Discussion: Le Diable
On va essayer de se dérouiller avec ton premier extrait... C'est pas la suite de ce que tu nous avais proposé lors de tes derniers textes?
Il m'a aussi rappelé l'un de mes textes, l'Ecrivain, avec a scène où le protagoniste affronte le même genre de mystère (même si en l'occurence ce n'est pas le diable (même si ce n'est pas forcément incopatible)) et pose le même genre de questions.

Bon, autant te prévenir, je vais être assez dur avec ton texte, parce que je trouve qu'il y a beaucoup de chose qui ne fonctionne pas. Ou alors c'est le fait de lire un court extrait qui provoque mes impressions très mitigées.

En le lisant, effectivement, on pense clairement au diable. Presque de manière trop évidente, ce qui nuit un peu au personnage, qui devient assez crédule, quelque part. L'autre point qui m'a empêché de vraiment partager ce que tu souhaites créer en matière d'atmosphère est ce nom de Nana-Ori... Sauf à ce que cela soit un hommage à Zola ou de l'humour volontaire qu'on ne peut pas comprendre avec cet extrait, lire un personnage angoissé dire "c'est toi, nana?" n'est très propice à nous y aider... Moi, j'ai presque envie de rajouter à chaque fois "nananère"...

Une fois, il sursauta en tombant sur une femme hideuse, qui était peut-être un homme. Hermaphrodite : une erreur de la nature, qui hésita sur le sexe de la chose, lut-il sur l’étiquette en passant. A y regarder de plus près, il s’agissait d’un cadavre empaillé... Son horreur s’accrut, d’autant plus qu’il aurait pu jurer que le sexe de la monstruosité se dressait à son passage, promesse d’un abominable plaisir… Il hâta le pas.Enfin, le corps délicieux de Nana-Ori se détacha des ombres. Dans le clair-obscur, avec cet éclairage hésitant qui allait et venait sur sa peau de métal, elle paraissait respirer et osciller d’ennui, dans l’attente de son arrivée. Un éclat sur sa bouche fut un sourire, un éclair dans ses yeux un regard de reconnaissance.

En un paragraphe, tu veux nous faire passer de l'angoisse voire l'effroi au désir. C'est trop brutal. Pour qu'un lecteur ressente une émotion, elle doit se travailler sur la longueur. D'ailleurs, tu tiens une jolie scène pour cela. A la place, tu nous dis qu'on est censé ressentir avec une vague image. Résultat, on glisse dessus sans le vivre.

A y regarder de plus près, il s’agissait d’un cadavre empaillé... Son horreur s’accrut, d’autant plus qu’il aurait pu jurer que le sexe de la monstruosité se dressait à son passage, promesse d’un abominable plaisir… Il hâta le pas.

Ce ne devrait pas à moi de te le dire, parce que je ne suis pas le meilleur pour ce genre de scène, mais même moi je vois pourquoi ça marche pas. Tu veux susciter de l'effroi. Donc ne nous dis pas si vit que ce n'est qu'un cadavre empaillé, car tu fais baisser la tension. Donc on se dit, OK, ce n'est que ça (sachant qu'en l'état actuel, on y est pas vraiment"). Mais non, tu veux vraiment nous angoisser car tu y reviens avec cette scène d'érection.
Ce qui ne va pas, c'est que tu ne nous plonges pas dans la tête du personnage. Tu nous dit ce qu'on doit voir, donc il n'y a pas vraiment de tension. Or tu tiens là une vraie scène. Il y a certainement matière à rallonger pour jouer avec le lecteur et lui faire partager le trouble. Le problème, c'est tu as tout dit au départ: "Une fois, il sursauta en tombant sur une femme hideuse, qui était peut-être un homme. Hermaphrodite ". Il serait intéressant de ne pas nous le dire et que le personnage lise la pancarte qu'après tout ça. En gros, il voit une femme ("hideuse", OK, mais là aussi, tu devrais nous la décrire plutôt que la qualifier pour jouer avec la tension/angoisse). Puis s'approche et constate que quelque chose bouge et grossit obscènement. Et là, lui, il ressent quoi? Du dégoût? Du trouble? De la peur? On en sait trop rien.
Tu te contente de: "promesse d’un abominable plaisir". Ben, comment il le sait? Il est gay? Et s'il était gay, ce ne serait pas forcément abominable, je suppose. Il pratique la chose sur les femmes et il trouve ça abominable? C'est un sadique? Ou il ignore tout du sexe et se fait un film? Bref, c'est assez maladroit, je pense.

Il fit un pas en arrière, retirant sa main, et balaya la salle du regard. Partout, ce n’étaient que formes vacillantes et contre-nature, mais non, bien trop naturelles ; silhouettes affreuses, naufrages de la foi, perte de tout espoir. 

Même chose, en qualifiant ce qu'on doit voir plutôt que de nous le donner à voir, tu échoues à mon sens à créer ce que tu souhaites. En fait, j'ai l'impression que toi aussi tu ne visualises pas vraiment cette scène. Je le dis d'autant plus facilement que c'est une erreur que je fais régulièrement (ou faisais parce que justement je m'efforce d'être plus "visuel").

En cet instant, la panique le disputait à la curiosité. Polaigny n’avait pas peur. Cette panique, il l’éprouvait au plus profond de ses os, dans sa moelle la plus sensible. C’était la panique de l’être humain face à une entité qui le dépassait, une entité venue du fond des âges susceptible de le broyer d’un regard. Peut-être un quidam quelconque du Pays du Fleuve, un paysan ou un ouvrier, un bourgeois à l’esprit étriqué ou un savant trop sceptique, aurait-il tout à fait perdu la raison. Mais Polaigny était d’une curiosité peu commune et d’un goût prononcé pour l’histoire et les artefacts de Ceux d’Avant

Ce qui est problématique, c'est qu'on découvre que même le principal intéressé n'y croit pas vraiment. En voulant opposé curiosité et panique, tu vas forcément détruire la panique. Surtout si tu insistes sur le fait qu'il n'a pas peur. Et qu'ensuite tu nous dit que, mais non, il est quand même au bord de paniquer. Mais finalement non, parce que, quoi!, la curiosité sur les mysterieux artefacts est plus importante depuis le départ, de toute facçon. Là aussi, c'est très maladroit comme agencement. J'ai envie de te dire: choisis ton camp!   Moi, je verrais plutôt la montée de l'angoisse, du dégout, puis le début de la panique avec la scène de l'érection.... et ensuite seulement, tu fais venir petit à petit la curiosité. Trouve quelque chose qui pique aussi celle du lecteur. Parce que l'histoire des artefacts de ceux d'avant ne me suffit pas  en soi.
Surtout que c'est ce que tu cherches à faire juste après:

Alors, quand l’air trembla devant lui et qu’une forme éthérée se mit à ondoyer, incertaine, vague, floue, la curiosité prit le dessus sur la panique et, non sans bruyamment déglutir, il contempla la Machine. 

Voilà, là, tu as quelque chose qui mérite d'intriguer ton protagoniste et de lui faire penser à ceux d'avant plutôt que l'inverse. Donc c'est ton agencement qui n'est à mon sens pas bon. Il reste parce qu'il est curieux et que ce truc suggère l'objet de sa passion depuis toujours. Et là on boucle la boucle... 

Déjà elle s’estompait, et il ne resta plus que le son.

  • Voudrais-tu qu’elle t’entende ? Voudrais-tu qu’elle te parle ?
  • Je…
Il était en sueur. Son esprit était en déroute, vaincu par la vision. Il ne pouvait plus réfléchir, sinon avec son cœur qui s’emballait au point presque d’éclater. Un regard, un seul à Nana-Ori ; il la vit qui souriait, et cette main qui encore se tendait…
  • Bien sûr que je le veux !
  • Je te l’accorde.

Je trouve l'arrivée de la question très brutale. C'est un peu comme si tu avais hâte de nous exposer le pourquoi du comment et que tout ce qui précède était un peu anecdotique. Et si on est face au diable, je le verrais pour ma part plus joueur. Il ne lui poserait pas immédiatement la question que ton personnage attend mais lui donnerait envie qu'il la pose. Et il lui donnerait presque à contrecoeur comme si ça allit lui coûter. Là, on sait très bien que le diable pose sa condition faustienne pour obtenir le prix. En tout cas, moi, en tant qu'auteur, j'aurais pris mes dispositions pour valoriser le diable pour qu'il ne me joue pas des tours...  Tu es plus courageux que moi.

Polaigny crut défaillir de bonheur. Les larmes pointèrent enfin, puis coulèrent à flot, tandis que l’allégresse pénétrait tous ses pores. Il s’effondra sous le coup de l’émotion, et seule l’assertion suivante de la Machine put lui faire relever la tête.

C'est mieux. Mais c'est juste que ton personnage est une vraie giruoette. Il est angoissé, panique/curieux et là c'est une vraie gonzesse. Je force le trait exprès. Ce que je veux dire, c'est que, une nouvelle fois, aménage tes transitions émotionnelles... Un lecteur ne peut passer à un état différent à chque ligne pour partager ce que tu souhaites ou mieux avoir de l'empathie à défaut de vivre les émotions du personnage. Là, tu as une situation avec laquelle on peut s'associer. Mais tout ce qui précède nous en empêche. Tu m'aurais mis cette scène au début (en la travaillant un eu plus), j'aurais adhéré sur le plan intelectuel pour être touché, parce que je comprends ce qu'il ressent (à peu près parce que je n'ai pas de vécu avec ton personnage).

  • Je peux faire davantage.
  • Par quel prodige… ?
  • Je peux lui donner une âme, en lieu et place d’un programme.
  • Mais… quelle différence ? hoqueta-t-il. Et qu’est-ce qu’un programme ?
  • L’être qui se fait appeler Jhin dispose d’un pouvoir que je ne connais pas. Il a marqué celle-ci de son sceau. A tout moment, il peut prendre le dessus sur le programme. Mais il ne peut pas dominer les âmes.

Pour ma part, je ne suis pas emballé par les dialogues. Trop explicit et explicatif. Ca manque d'âme en l'occure,nce (sans jeu de mot). "Par quel prodige", j'avoue que ça me fait sourire, mais je ne sais pas si c'était le but... Là aussi, je trouve ton diable très directif et on ne cesse de voir en gros où il veut en venir. Le jeu du diable serait plus intéressant s'il n'était pas aussi transparent, parce que cela dessert d'autant Polaigny de ne rien voir (ce qui ne le rend pas de fait très intéressant à suivre comme personnage).

Il aurait tout donné pour que Nana-Ori l’aime sans contrainte ; il accepterait toutes les conditions pour un amour inconditionnel…

Bon, on s'en doutait un peu... mais deux phrases pour dire en plus la même chose en gros... 

Sans l’ombre d’une hésitation, sous le regard réjoui des aberrations du pavillon, il signa le pacte en apposant l’empreinte de son pouce. 

Voilà, on a le moment clé de toute ta scène et... Ben non, elle est finie. Je pense que ton Polaigny en a des choses à nous faire partager dans une telle salle. C'est pas anodin comme pacte. Il gagnerait à hésiter, à ressentir l'angoisse qui se dégage de la salle, voire même de s'interroger sur un potentiel lien entre ce qu'il y voit et ce'il est en train de signer. Il chercherait à se rassurer en disant que cela n'a rien à voir parce qu'on pare d'amour etc. Et seulement après, en regardant sa nana, il imaginerait tout ce qu'il va y gagner, tout ce qui l'attend de merveilleux (en renforçant le contraste avec l'amour qu'il projette et le sinistre de la pièce (ce qui ferait un peu gambergé le lecteur sur la suite (même si c'est inutile mais au moins, il ressentirait quelque chose)).
Bon, voilà moi, ce que j'en aurais fait de cette scène (ou du moins le potentiel de ce que j'aurais voulu créer). C'est sans doute déplacé parce que ce n'est pas forcément tes objectifs à toi. Mais je pense que cela t'aidera à voir ta scène avec d'autres yeux et à lui donner un peu plus de vie et de vraie tension. Elle a vraiment un problème d'agencement et d'aménagement de ses effets; Tout ça fait que tout s'annule parce qu'on passe à la fois trop vite sur les choses et à la fois d'un extrême à un autre sans transition. Voilà, ça manque de transitions.

Encore une fois, le plus frustrant dans tout ça, c'est de voir tout le potentiel que tu as imaginé (ou du moins que tu donnerais envie de lire) et la manière dont tu nous le retranscris. Si c'est un premier jet pour fixer tes idées, alors y a pas de soucis, mais si c'est ce que tu souhaites faire lire à un éditeur, je crains que cela ne le fasse pas. Moi, connaissant ta capacité à décrire et à jouer avec le lecteur, j'ai choisi directement l'option 2, donc ne m'en veux pas si j'ai mis la barre haute. 
Mais c'est intéressant de voir que le diable est un personnage qui peut se glisser dans un texte et que je ne suis pas le seul à y avoir recours.

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il y a 10 mois 3 semaines #21698 par Monthy3
Réponse de Monthy3 sur le sujet Thème de Discussion: Le Diable
Alors en fait, les extraits n'avaient pas forcément vocation à être commentés, mais étaient plutôt là pour illustrer la façon dont je concevais le "diable" ou en tout cas dont j'intègre ce type d'entité dans mes récits. Du coup, et même si je te remercie d'y avoir passé du temps, je ne vais pas reprendre point par point tes commentaires.

C'est en effet le même récit que celui dont j'avais tenté un début dans une autre section, et pour le premier extrait, nous en sommes au chapitre 13. Cela fait donc une demi-douzaine de chapitres que l'on suit Polaigny, qui a déjà éprouvé la présence de la Machine, entendu certaines de ses injonctions et éprouvé certaines de ses manifestations. Ce pacte ne sort donc pas de nulle part, et Polaigny a eu le temps de connaître son désir et de se préparer à la "confrontation". Sa crédulité n'est donc pas juste crédulité : il a déjà échangé avec l'entité
De même, tu n'as qu'une partie de la description de ce musée d'anatomie, qui commence plus tôt ; et se termine plus tard !

D'ailleurs, il faut distinguer les sentiments : la panique tient aux choses exposées (qui sont propres au musée d'anatomie du Dr Heck) tandis que la curiosité tient à la Machine. La panique naît d'une succession de visions et de pérégrinations (qui précédent aussi l'extrait) au sein du musée, en compagnie d'une autre personne ; et la curiosité plutôt de ce derrière quoi il a couru toute sa vie, ou pense avoir couru toute sa vie. Elles sont concomitantes mais selon moi pas totalement incompatibles !

Je trouve l'arrivée de la question très brutale. C'est un peu comme si tu avais hâte de nous exposer le pourquoi du comment et que tout ce qui précède était un peu anecdotique. Et si on est face au diable, je le verrais pour ma part plus joueur. Il ne lui poserait pas immédiatement la question que ton personnage attend mais lui donnerait envie qu'il la pose. Et il lui donnerait presque à contrecoeur comme si ça allit lui coûter.

Justement, moi, j'aime voir un marché très clair et très précis en apparence ; dont l'accomplissement en revanche révèlera les vrais enjeux. La Machine a fait mariner Polaigny pendant des jours et des jours, laissant supposer des choses, manipulant l'automate, etc. Je trouve que le côté brutal en est d'autant plus vicieux... et irrésistible pour Polaigny, d'où la réaction immédiate de celui-ci : il n'attendait que cela ! En fait, la Machine a "généré" ce désir en amont.

Voilà, on a le moment clé de toute ta scène et... Ben non, elle est finie. Je pense que ton Polaigny en a des choses à nous faire partager dans une telle salle. C'est pas anodin comme pacte. Il gagnerait à hésiter, à ressentir l'angoisse qui se dégage de la salle, voire même de s'interroger sur un potentiel lien entre ce qu'il y voit et ce'il est en train de signer. Il chercherait à se rassurer en disant que cela n'a rien à voir parce qu'on pare d'amour etc. Et seulement après, en regardant sa nana, il imaginerait tout ce qu'il va y gagner, tout ce qui l'attend de merveilleux (en renforçant le contraste avec l'amour qu'il projette et le sinistre de la pièce

Pour moi, ce n'est pas le moment clé, juste sa conclusion. Encore une fois, il n'hésite pas parce qu'il a été conditionné en amont pour ne pas hésiter. En gros, il était mûr pour être cueilli Il ne doute pas. Et pour être encore plus explicite, l'automate a la même influence sur Polaigny (et sur son rival, Jhin - mais aussi sur les autres hommes) que l'Anneau Unique sur Frodon.

Cela étant, je note le côté trop rapide que tu relèves dans les émotions ressenties même s'il est à mon sens atténué par tout ce qui entoure l'extrait, en amont et en aval !

Pour en revenir au thème du sujet, à savoir le Diable, notre échange témoigne en tout cas que nous avons des façons très différentes de le concevoir et de recourir à sa figure. Je suis plutôt vicieusement franc de mon côté, là où tu es plus joueur et subtil (en ne le faisant d'ailleurs pas intervenir en tant que "personnage") du tien Ce serait intéressant d'avoir un troisième avis, tiens ! On peut rêver, après tout !

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