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Le bord allait son train comme si de rien n’était, à bord du vaisseau amiral de la flotte. Ils étaient bientôt en vue de Montréal, déjà le paysage avec plus de relief se couvrait d’habitations. Les villes étaient intactes, toutes les structures d’avant-guerre. Ils survolaient un monde épargné comme ils avaient survolé les landes désolées du nord. Kyréna se couvrit d’une casquette pour cacher son nouveau pansement au crâne. Depuis la mésaventure de l’évasion, le biochimiste lui semblait goguenard, prêt à rire de tout. Lui-même passait d’un détachement feint à l’air vexé. Un soldat vint les trouver, se mit au garde-à-vous devant eux. Il ne fit rien d’autre, si bien que le capitaine prit les devants.
- Repos ?
Aussitôt le soldat tendit des galons brodés, deux documents plastifiés et un ordre dactylographié.
- De la part du général Akdov, il vous attend sur le pont supérieur.
- Et qu’est-ce que c’est, ça ?
- Vos galons, colonel.
Dans son dos Jean éclata de rire. Il aurait ri encore plus en voyant le souffle coupé de Kyréna qui, machinalement, prit entre ses doigts les galons du Nouveau Monde en même temps que l’ordre. Les deux documents étaient des passes signés de la main d’Akdov. Il déplia l’ordre, le lut rapidement : attraper le dénommé Noé, puis aviser. C’était vague mais avec cet ordre et avec ces passes, leur liberté était totale.
- Akdov est devenu fou ?!
Tandis que Jean riait de plus belle, le soldat réagit :
- Vous parlez du général !
- Ce matin j’étais encore officier de la CITL.
Et ils plantèrent là le soldat qui, à son tour, n’en revenait pas. Kyréna mit les galons dans sa poche, donna un passe à Jean avant de noter leur date d’écriture : c’était le lundi précédent. Leurs noms s’y trouvaient, peut-être laissés en blanc tout ce temps, peut-être rédigés au dernier moment. Il laissa ce mystère et pressa le pas pour fuir le rire de Jean.
Tous deux remontèrent avant de se perdre au poste de pilotage, d’où le maître de pont les redirigea au pont supérieur. À leur surprise, il existait bien une trappe qui les mena à l’air libre, sur la coque, au centre du Pornev. Là se trouvait Akdov avec sa garde personnelle. Ils formaient deux rangs incomplets autour de leur général.
Celui-ci se retourna en les voyant apparaître par la trappe. Il leur fit signe de s’approcher :
- La navette ne va plus tarder. Dans dix minutes au plus tard nous serons dans les rues de Montréal.
- Nous, vous voulez parler de moi et de Jean ?
- Non. Nous.
Un silence.
- Et si vous vous expliquiez ?
- Très volontiers. Répondit Akdov. Je vous accompagne.
- Nous pourrions vous trahir.
- Vous aimez trop la vie pour ça. Et vous, en particulier, vous avez trop peur de l’Ange Noir.
À bord de la flotte se trouvait le terrible Ange Noir, plongé dans le sommeil de sa soute. Il se trouvait un programme qui, si Akdov venait à être agressé, donnerait pour cible à l’ange celui-là même qui l’avait attaqué. Ainsi personne n’oserait lever la main sur lui.
Lorsque le général avait parlé de l’Ange Noir, déjà avant quand il avait annoncé qu’il serait des leurs, Jean était parti d’un rire tel, et si fort, qu’il se plia jusqu’à tomber à terre. L’officier et le dirigeant se retournèrent pour regarder ce drogué faire son cirque. Mais Jean les ignorait royalement, sinon flatté d’avoir leur attention. Il finit par se relever, non sans se moucher dans sa manche et quand il fut à peu près en état, leur navette arrivait déjà, goguenard :
- J’aurais pu le deviner !

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