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7ème jour de la Nouvelle Lune, an de grâce 876 du Calendrier Impérial.

Voilà trois jours que nous avons quitté le port de Marienburg, et le temps ne s’est pas arrangé depuis notre départ. La mer est démontée et c’est avec beaucoup de mal que nous parvenons à garder notre cap. La nuit dernière, un homme est tombé à l’eau et s’est noyé, et la tempête a déchiré presque entièrement notre grande voile. Je commence à croire comme mon équipage que le sort s’acharne sur nous. Transporter un cadavre sur un bateau porte malheur, c’est bien connu ; mais quand cet étranger m’a proposé une pleine bourse de pièces d’or pour effectuer ce voyage, je n’ai pas su résister. A présent les Dieux de la mer se déchaînent sur mon navire et je redoute une mutinerie ; l’étranger quant à lui ne parle à personne et reste enfermé tout le jour dans sa cabine. Il ne sort que le soir, pour prendre le frais sur le pont, mais il demeure silencieux et son visage est réellement inquiétant. Hier il a demandé à descendre dans la cale pour voir si le cercueil était toujours bien arrimé ; aucun homme n’a voulu l’accompagner pour l’éclairer. Je ne sais combien de temps durera ce voyage, mais je suis certain qu’il sera le pire de tous ceux que j’ai jamais faits.

 

Le capitaine posa sa plume sur la table et referma le journal de bord. La tempête soufflait au-dehors avec une force accrue, et il semblait à chaque instant que le navire allait être fracassé par la puissance des vagues. Le soir tombait, et il sortit de sa cabine pour donner ses derniers ordres pour la nuit.

 

Sur le pont balayé par les trombes d’eau, accroché au bastingage, le mystérieux passager semblait ignorer la tempête et regardait fixement l’horizon. Le capitaine lui jeta un regard noir que l’étranger ne parut pas remarquer, puis s’éloigna d’un pas vif.

 

" Holà matelot ! cria-t-il à un de ses hommes d’équipage. Que fais-tu là ? Tu devrais être dans le nid-de-pie depuis une heure !

 

Par ce temps ? Sauf vot’ respect, capitaine, je tiens pas à suivre le pauvre Heindrich au fond de l’océan. De toute façon, on y voit pas à dix mètres et ça servirait à rien.

 

Tu refuses d’obéir aux ordres ?" Sa voix était montée d’un ton et se faisait menaçante. Le matelot savait que sa rébellion pouvait lui coûter cher, mais sa résolution était ferme et définitive. D’autres marins s’approchèrent, et commencèrent à entourer leur capitaine. "Qu’avez-vous tous ? Vous osez vous mutiner ?

 

_Que non, capitaine, répondit le marin qui avait refusé de monter dans la voilure. Mais nous ne voulons plus continuer avec ce macchabée dans les cales du navire. Il faut le balancer à la mer sans quoi..."

 

L’homme n’eut pas le temps de finir sa phrase. Comme si la malédiction prenait tout à coup réalité, un grand choc ébranla le voilier et tout l’équipage fut projeté sur le pont. Avant que quiconque ne comprenne ce qui était arrivé, une horde hurlante de guerriers surgirent de la brume, arme au poing. C’étaient des pirates Nordiques qui avaient profité du mauvais temps et de l’absence de vigie pour surprendre leurs victimes et dont le Drakkar avait éperonné violemment le navire des hommes de l’empire. Le combat fut aussi bref que sanglant, et en quelques minutes le capitaine et les vingt membres d’équipage furent impitoyablement massacrés. Le passager n’échappa pas à la tuerie, et fut jeté par dessus bord avec les cadavres des marins.

 

"Beau travail, mes gars ! cria Olaf, le chef Nordique. Je sens que ce navire doit transporter une belle cargaison ! Arrimez solidement le drakkar, vous autres, pendant que je descends dans les cales. Vous quatre, venez avec moi", ordonna-t-il.

 

Pendant que leurs compagnons s’affairaient à attacher les deux bateaux ensemble, Olaf et ses marins descendirent l’escalier de bois qui menait dans la soute. Bientôt, ils découvrirent une porte solidement cadenassée et firent sauter le verrou à coups de hache. Au centre de la petite salle qu’ils venaient d’ouvrir était posé un grand cercueil de bois noir, richement décoré, dont les poignées d’or scintillaient sous la lumière vacillante des flammes de leurs torches.

 

" Par Odin, lança un des pirates, j’ignorais que les hommes du Sud transportaient leurs morts par bateau !

 

Ce devait être quelqu’un d’important, fit un autre.

 

L’important, Gustav, ce n’est pas la carcasse qui repose là dedans mais les trésors qui l’accompagnent ! Aidez-moi à l’ouvrir, il doit y avoir pas mal de bijoux à l’intérieur !"

 

Les cinq hommes tentèrent de soulever le couvercle qui fermait le cercueil mais malgré tous leurs efforts ils ne purent y arriver. Olaf, fasciné par les magnifiques ornementations dont était paré le cercueil ordonna à ses hommes de le transporter dans le drakkar pour l’ouvrir et le dépouiller de ses trésors plus tard. Le reste de la fouille des cales ne donna rien, et les pirates ne trouvèrent que quelques pièces d’or dans la cabine du capitaine ; ce n’était qu’un petit vaisseau de commerce et le butin n’était guère important. Les hommes du Nord regagnèrent leur embarcation après avoir mis le feu au navire impérial et bientôt ce dernier ne fut plus qu’un petit point lumineux s’éloignant à l’horizon, emporté par les courants.

 

Les pirates ne festoyèrent pas ce soir là comme ils avaient l’habitude de le faire après un pillage. La maigre prise qu’ils avaient faite ne les avait pas mis de bonne humeur, d’autant qu’à l’ordinaire les navires commerciaux contenaient toujours un ou deux tonneaux de vin, ce qui n’était pas le cas ce jour-là. Le mystérieux cercueil fut confié à Erik, le charpentier du bord, après quoi les hommes de quart se mirent à leurs postes tandis que leurs compagnons allaient se coucher dans la chambre commune.

 

Olaf dormit mal cette nuit-là. Il fit quelques cauchemars - ce qui ne lui arrivait jamais - et rêva que quelqu’un pénétrait dans sa chambre, s’approchait de son lit et se penchait sur lui pendant son sommeil. Plusieurs fois il se réveilla en sursaut, baigné de sueur, en proie à une terreur inexplicable. Lui qui n’avait jamais reculé devant les pires ennemis qu’il avait affrontés ressentit profondément la peur, seul dans sa cabine.

 

Le lendemain la mer s’était enfin calmée, mais un épais brouillard entourait désormais le bateau. Il fallut un certain temps avant que l’on s’aperçoive qu’Erik le charpentier manquait à l’appel. Tous ses compagnons le recherchèrent, persuadés qu’il s’était endormi quelque part, ivre comme à son habitude, mais il resta introuvable. L’équipage en conclut qu’il devait être tombé à l’eau pendant la nuit et abandonna tout espoir de le revoir vivant. Le reste du jour se passa normalement, et pourtant Olaf sentit un malaise s’installer parmi ses hommes. Les marins étaient nerveux, et plusieurs bagarres éclatèrent dans la journée ; le chef Nordique fit enchaîner les perturbateurs à fond de cale et le reste des hommes se calma.

 

La nuit suivante, plusieurs pirates furent éveillés par des hurlements qui semblaient provenir de l’intérieur du drakkar. Personne n’osa cependant se lever et les cris cessèrent en quelques secondes. Quand l’aube reparut, Olaf envoya Thorvald, son second, donner à manger et à boire aux hommes qui étaient enchaînés et qu’il avait décidé de laisser emprisonnés trois jours. L’homme revint presque aussitôt, l’air inquiet.

 

"Je leur ai donné de quoi se nourrir mais ils ont un drôle d’air. Ils ne m’ont pas dit un mot et leur regard était assez bizarre.

 

Ils ont dû mal dormir avec tous les rats que nous transportons dans le navire, répondit Olaf. Bah, ils n’en seront que plus obéissants en sortant de là !"

 

La persistance du brouillard empêchait tout calcul de navigation et le drakkar dérivait au gré des vents, ce qui avait le don d’exaspérer Olaf qui n’aimait rien moins que de perdre son temps. Les pirates désœuvrés jouaient aux dés ou dormaient. Quand vint le soir, le capitaine nordique sortit de sa cabine et alla s’asseoir non loin de ses hommes qui avaient entonné une chanson. Il n’avait pas pour habitude de se mêler ainsi le soir à son équipage mais ses cauchemars des nuits précédentes l’empêchaient de trouver le sommeil ; pendant la journée, pour s’occuper, il avait tenté d’ouvrir le cercueil avec les outils d’Erik mais malgré tous ses efforts il n’était même pas arrivé à entamer le bois du couvercle. Quelque chose d’anormal était lié à ce cercueil, et Olaf s’en serait bien débarrassé si sa cupidité ne l’avait poussé à le conserver pour l’ouvrir une fois à terre et le vider de ses hypothétiques trésors.

 

La nuit vint, et alors que tous s’apprêtaient à aller se coucher on entendit un grand cri à l’arrière du bateau. Quelques hommes accoururent et trouvèrent Thorvald étendu sur le pont, inconscient. Lorsqu’il ouvrit les yeux il fut dans un premier temps incapable de répondre aux questions de ses compagnons, tant il était paniqué ; puis, peu à peu, il revint à la raison et fut en état de dire ce qu’il lui était arrivé :

 

" J’ai été attaqué par quelque chose, une ombre immense.

 

Nous étions tous à l’avant et personne ne s’est éloigné, fit Olaf, énervé.

 

Je n’ai pas dit quelqu’un, j’ai dit quelque chose ! Quelque chose qui n’était pas humain !"

 

Le silence se fit autour du blessé. La première réaction fut de penser que Thorvald était encore sous le choc d’un quelconque malaise, et cependant tous ne purent s’empêcher de laisser un moment leur imagination vagabonder. Les légendes qui circulaient sur les monstres marins et les créatures maléfiques étaient nombreuses dans le peuple nordique, et tous y croyaient plus ou moins, sans pour autant qu’elles eussent une importance démesurée dans leur vie quotidienne. Thorvald fut momentanément mis à l’écart et ses compagnons ne s’occupèrent plus de lui de toute la soirée.

 

Olaf avait regagné sa cabine et s’apprêtait à aller se coucher quand quelqu’un frappa à sa porte. C’était Heimdall, le marin qu’il avait chargé à la place de Thorvald d’apporter le repas du soir aux hommes qui étaient à fond de cale. L’homme était très pâle et la peur se lisait sur son visage.

 

" Capitaine..., commença-t-il, ils ont disparu...tous.

 

Qui ça ?

 

Les hommes qui étaient aux fers. J’étais allé leur porter leur repas et je n’ai trouvé que leurs chaînes sur le sol. Regardez, elles ont été forcées." Il lui tendit une chaîne crasseuse au bout de laquelle pendait une entrave tordue.

 

" Qui a pu faire ça ? Il n’y a pas d’outil assez solide pour cela sur ce drakkar." Le chef Nordique se parlait à présent à lui-même. De vielles légendes lui revinrent soudainement à l’esprit, des histoires que lui racontaient les vieux de son village sur des êtres doués d’une force prodigieuse, qui habitaient loin dans le sud et qui continuaient à vivre après leur mort, s’attaquant aux Vivants et les éliminant impitoyablement. Un détail lui revint subitement en mémoire, un détail d’une importance capitale : ces êtres sortaient la nuit et passaient la journée couchés dans...

 

" Le cercueil ! s’écria-t-il. Nous sommes perdus !"

 

Il était trop tard. Les hurlements des hommes attaqués pendant leur sommeil retentirent à l’extérieur de la cabine. Sous le regard perplexe de Heimdall qui n’y comprenait rien, Olaf se rua sur la porte qu’il ferma à double tour, puis il s’empara d’une chaise et la fracassa sur une table. Ramassant un des pieds du siège démoli, il entreprit nerveusement d’en tailler l’extrémité en pointe à l’aide de son coutelas.

 

" Fais comme moi, imbécile, c’est notre dernière chance !"

 

A l’extérieur on entendait des grattements et des coups contre la porte, ainsi que d’effrayants sifflements. Serrant de toutes ses forces son épieu entre ses doigts, Olaf attendait l’ultime assaut. Bientôt les coups se firent plus appuyés, ébranlant tout le navire, et soudain les deux derniers pirates survivants virent avec horreur la porte voler en éclats. Les visages grimaçants de leurs anciens compagnons apparurent dans l’ouverture, mais aucun d’eux ne s’aventura à l’intérieur de la cabine. Puis les rangs des assaillants s’ouvrirent, laissant passer un personnage de haute stature, vêtu entièrement de noir et portant une longue cape doublée de vermeil. Son sourire maléfique laissait apparaître deux crocs acérés couverts de sang, et son teint livide faisait ressortir ses yeux d’un rouge de braise. Olaf se sentit subjugué par le regard étrange de la créature, et peu à peu sa volonté l’abandonna. Doucement, ses doigts s’entrouvrirent, laissant glisser l’épieu de bois qu’il avait en main. Sa dernière vision de mortel fut celle du vampire se penchant sur lui pour boire son sang.

 

Luther Harkon rendit la longue-vue à l’un de ses serviteurs. La côte qui venait d’apparaître à l’horizon semblait recouverte d’une végétation luxuriante que le vampire n’avait jamais vue au cours de sa longue existence. C’était un continent nouveau, plein de promesses de richesses et de conquêtes, vers lequel le Drakkar avait dérivé pendant de longues semaines. Un empire de morts-vivants allait pouvoir naître sur ces terres inconnues.

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