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De nouveaux gardes passèrent dans le couloir, devant les deux compagnons accroupis contre la paroi et qui regardaient les écrans plutôt que les soldats. Ils suivaient l’évolution des deux évadés qui s’approchaient du poste de tir secondaire du canon Do-Lô.
Le code était complexe, suivre leur progression n’était pas chose aisée. Ni Jean ni Kyréna ne touchaient plus au clavier. À présent ils dépendaient de la réussite de Naïa et du lieutenant. Cette situation rendait le capitaine nerveux, tandis que le docteur à ses côtés, après avoir ouvert une tablette de comprimés, n’avait plus été affecté par la situation.
- On devrait être avec eux.
Kyréna avait dit cela l’air sombre.
- Je suis bien là où je suis ! Lui répondit Jean. Et puis les combats, très peu pour moi !
Les deux fuyards se trouvaient sous un feu nourri. La garde sur leurs talons, ils devaient se frayer un passage presque constamment à court de munitions. D’une certaine manière, le capitaine était fasciné par ce qui se passait. Il retenait parfois sa respiration, lorsque vraiment les deux membres de son équipe étaient en difficulté, puis poussait un soupir de soulagement et les regardait continuer, en affectant l’air le plus détaché possible.
D’après les écrans, en simultané, des deux programmes Libra, Naïa et Immons s’étaient séparés. Immons talonné atteignait le poste de commande tandis que leur pilote descendait par une trappe vers la barre de sécurité. Ni elle ni personne dans toute la CITL n’aurait dû connaître ce secret de la structure dans le canon : c’était la première des deux choses qu’avait modifié Kyréna.
- Eh, vous !
Un sous-officier du Pornev s’approcha d’eux, suivi par deux soldats. Il s’arrêta à leur hauteur, l’air d’un bouledogue.
- Qu’est-ce que vous bricolez assis là ?!
Avant que le capitaine n’ait pu formuler une réponse, Jean prit les devants :
- On sabote le vaisseau !
Le sous-officier regarda ses hommes, regarda autour, regarda Jean, passa la main sur sa bouche, resta une seconde perplexe avant de partir d’un rire gras. Il se tapa la cuisse, souffla quelques mots étouffés par son rire et n’en pouvant plus, fit signe à ses soldats de poursuivre. Ceux-ci s’en allaient alors que lui restait auprès des deux compagnons.
- Non, sérieusement, vous faites quoi ?
- Nous recherchons un certain Noé.
Cette fois la franchise de Kyréna rendit tout son sérieux au sous-officier.
- C’est un marin du bord ?
- Non.
- Alors comment espérez-vous le trouver ?
- Avec ça !
Jean désigna en toute honnêteté son Libra.
- Vous savez qu’il n’y a aucun réseau à bord ?
- Oui.
Il y eut un moment de gêne durant lequel personne ne sut plus quoi dire. L’alarme sonnait, le personnel courait encore ici et là dans les couloirs et ils étaient là sans trop savoir quoi faire, étrangers à toute cette action.
Le sous-officier s’en alla en se massant le menton alors que tous deux restaient sur place : ils ne regardaient plus leurs écrans mais eux deux.
- Vous pouvez vous lever ? Demanda pour la première fois Jean.
- Je crois.
Le biochimiste l’aida et à force d’efforts, ils se retrouvèrent debout. Tous deux se mirent en route dans n’importe quelle direction, pourvu qu’elle mène quelque part. Ils avaient eu l’impression durant tout ce temps de ne plus être de ce monde : un Libra avait ce pouvoir.

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