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Jean mesurait avec son doigt les distances. D’ici à la maison, car il avait reconnu la maison, il calculait le nombre de mètres puis de sa position au grillage, là où il avait dû y avoir un grillage, également la distance. Il souriait dans le vide tout en calculant. Le rapport de police était précis, l’enfant était venu récupérer son ballon. Il fit le geste, dans le vide, de lancer la balle par-dessus un grillage imaginaire.
Le général et le colonel, le regardant faire, cachaient chacun à leur manière leur mécontentement. Akdov malgré son calme piétinait, Kyréna soufflait comme un bœuf. Mais le biochimiste, répétant inlassablement son geste, ne s’en préoccupait pas.
- On peut savoir ce que vous faites ?
- Je lance la balle !
Le colonel fit grincer ses dents, préféra ne rien ajouter.
- Regardez ! Regardez ! Je suis un acide aminé ! Je lance la balle, l’enfant court, c’est un autre acide aminé !
- Taisez-vous.
- Le porteur tout là-bas là-bas ouvre la porte c’est un autre acide aminé encore ! Et soudain thymine ! Le ballon s’arrête pile au bon endroit !
- Il y a autre chose dans la vie que vos acides aminés.
Mais Akdov s’était mis à regarder en direction de la maison, et lui aussi évaluait à présent la distance. Huit, neuf mètres, non plus encore. Le ballon était passé par-dessus le grillage, avait rebondi sur la route, avait rebondi encore pour passer le trottoir et roulé sur le petit jardin de la maison. Celui-ci dévasté désormais, de terre plein et aussi vague que le reste du quartier, ne disait plus rien de son état d’alors. Neuf mètres, plutôt dix.
- Kyréna. Tirez une balle.
- Avec quoi ? Mon pistolet ?
- Débrouillez-vous. Tirez.
Kyréna ne s’encombra pas, ramassa le premier débris qui lui tomba sous la main : un morceau de béton descellé par le temps qu’il prit à pleine main et lança de toutes ses forces. Il alla éclater sur le trottoir d’en face.
- Alors, colonel, fatigué ? Vous auriez pu tirer plus loin !
- Essayez, vous.
- Inutile. Intervint Akdov. Vous êtes militaire. C’était un enfant.
Quand bien même l’un des trois enfants présents avait tiré volontairement le ballon en direction de la maison, celui-ci n’aurait pas dépassé le trottoir. L’explosion l’aurait jeté à terre, blessé sûrement, mortellement c’était trop peu probable. De toute manière il y avait le grillage. Le ballon n’aurait pas dû dépasser ce côté-ci de la rue.
- Lui avec ses acides aminés, vous avec vos lancés. Qu’insinuez-vous ?
- Qu’il s’est fait assassiner.
- En disant que c’est cette maison.
- C’est cette maison.
Jean fier de sa découverte répétait le geste du lancer. La bandoulière du Libra lui brûlait l’épaule. Il arrêta pour la remettre en place. Les deux officiers se concertaient à part. Il les écoutait d’une oreille distraite et de son côté reconstruisait les événements en termes d’acides. Le porteur des documents s’était retourné pour dire à l’enfant de partir ; l’enfant s’était relevé ; il avait ouvert la porte à cet instant. À seize ans, ce n’était plus vraiment un enfant.
- Qui ? Demanda Kyréna.
- C’est votre travail.
Le biochimiste se balança sur ses deux pieds, tout à fait content de lui. Il venait de trouver une preuve supplémentaire de sa thèse sur la thymine. Il remarqua que ses compagnons s’étaient remis en chemin, Akdov en tête, et s’empressa de les rejoindre. Ils se rendaient à l’hôpital où le jeune Noé avait été amené pour reconstituer la suite des événements.

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