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Un soleil pourpre, voilé par d’infinies bandes de nuages immaculés, réfléchissait ses quelques rayons écarlates sur la banquise se formant petit à petit sur les eaux calmes et glaciales du large de Nagaroth, donnant l’illusion d’un désert de glace maculé de sang se confondant avec les cieux d’un blanc pur et les quelques brumes matinales qui ci et là progressait avec grâce et lenteur, tel les fantômes des moult marins disparus en ces froides contrées.

Deux coups de cloche retentirent soudain, deux notes claires et distinctes brisèrent le silence pesant et omniprésent, seulement perturbé jusque là par le léger bruit de froissement que provoquaient les étraves des navires elfique en fendant les fines couches de glaces éparses, répartis tels des grumeaux dans une soupe et qui petit à petit se regroupaient, puisant leur force dans le froid maître des lieux dont le pouvoir grandissait au fur et à mesure que le soleil sombrait au lointain.

-Navires en vue ! Navire en vue !

La vigie aux yeux perçants n’avait pas besoin d’hurler pour se faire entendre, tous sur les quelques navires envoyés par le Roi Phénix au large de Nagaroth écoutaient avec angoisse le silence depuis trois bonnes heures à présent.

-Les rames !

L’ordre provenait du second du capitaine, scrutant l’horizon à la recherche de ce qu’avait vu la vigie, plissant les yeux et tentant vainement de percer de son regard les êtres de brumes progressant sur les glaces.

Les rames se levèrent brusquement, jaillissants soudain des eaux glacées d’un mouvement unique et synchronisé, bousculant les pavés de glace et secouant les flots paralysés, tels les bras longs et fins des navires qui soudain firent osmose avec le silence ambiant.

La vigie répéta une nouvelles fois :

-Navires en vue ! Navires en vue !

-Combien sont-ils ? demanda le second d’un voix puissante.

-Trois !

-De quelle taille ?

-Des galères ! Ce sont des galères ! Elles progressent vers nous ! Elles sont encore loin !

Le capitaine, alerté par tant de vacarme, sortit prestement de sa cabine, le visage pâle et sévère, enfilant dans un même mouvement un long manteau d’un bleu presque noir brodé de fins motifs d’argent sur les bords, symboles de son statut.

Le second, entendant ses pas se retourna.

-Des galères sont en vue mon Seigneur...Elles arrivent vers nous mais sont encore loin...

-Combien sont-elles ? Coupa le capitaine Aeelmereth, d’une note grave et continue, impassible.

Une perle de sueur roula sur le front du second.

-Autant que nous mon Seigneur, ils sont trois, mais seule la vigie les a vu pour l’instant.

-Pourquoi les navires se sont-ils immobilissés ? demanda t’il d’une même voix, balayant rapidement les environs monotones de ses yeux en perpétuelle excitation.

-Nous... j’ai penser qu’il valait mieux avoir votre consentement avant de faire quoique ce soit, et je croit que...

-Virer vers le sud ! Ordonna Aelmereth, donnt l’expérience n’était plus à démontrer, vers le sud !

Le capitaine fit ainsi présenter les flancs de ses vaisseaux aux navires encore invisibles, afin de permettre au maximum de balistes et d’archers de pouvoir tirer sur les ennemis signalés. Les deux autres navires s’écartèrent un peu du principal et se positionnèrent légèrement en biais, de sorte que vue des cieux, les trois navires formaient un arc près à réceptionner l’ennemi et à l’encercler au plus vite.

Aelmereth connaissait bien les tactiques de combat propres aux Druchiis et par conséquent savait lesquelles utiliser pour les contrer, même avec seulement trois navires. Il ne s’attendait cependant pas à trois galères, mais à une ou deux. La mission de nettoyer cette zone austère d’éventuels navires Druchiis lui avait été confiée, car le Roi connaissait ses talents de stratège et le portait grandement dans son estime. Le but de cette mission ne lui avait cependant pas été révélé, il ne servait à rien de prendre des risques inutiles, mais Aelmereth connaissait en tout cas son importance et considérait de toutes manières la curiosité comme le plus grand des pêchés. Seul lui importait de réussir la moindre tâche que l’on pouvait lui confier.

La vigie pointa l’horizon du doigt :

-Les brumes se dissipent ! Ils seront bienttôt en vue... et à portée de tir !

Déjà les servants des balistes enduisaient leurs carreaux de poie et alimentaient les brasiers. Le feu était le pire ennemi de tout navire, et ils le savaient depuis des siècles. Des superstructures des navires jaillirent des cohortes de soldats en armure équipés d’arcs légers, de lances et d’épées, près à cribler de flèches le premier ennemi en vue et à repousser n’importe quel assaut. Tout était près. Le capitaine contemplait tout ce petit monde se mettre en place, plus sortit une longue épée aux reflets bleutés, héritée de son noble père, l’ayant lui-même reçu de son grand-père, un grand forgeron à la renommée restée immortelle. Lui aussi serait immortel, et il le prouverait aujourd’hui. En tant que capitaine, amiral et homme de confiance du Roi, il se devait d’être le premier au combat en cas d’abordage.

Il se retourna d’un bond, alerté par une présence qu’il n’avait cependant pas vue ni entendue. Un grand elfe aux longs cheveux d’argent, vêtu d’un long manteau pourpre et violet, le scrutait, un petit sourire de coin ridant son visage blanc et sans émotions. C’était Ilmarith, un mage dont la présence s’était fait tellement discrète tout au long du voyage que beaucoup l’avaient oublié. Son calme inquiétant et l’imperceptibilité de ses émotions étaient caractéristiques des grands mages d’Ulthuan, et Aelmereth comptait sur lui pour repousser toute attaque magique Druchii ou protéger le navires des projectiles.

-Je suis près, dit-il d’une voix calme et profonde.

Les trois navires druchiis devinrent rapidement visibles. Trois sinistres vaisseaux tout de noir et de métal rouillé vêtus, voiles repliées et rames vers les cieux, manoeuvrant lentement afin de présenter leurs flancs. Une voix sinistre jaillit du haut du nid de pie de la galère la plus proche, fendant les airs tel une dague fend la chair, bientôt accompagnée de cris haineux et du tintamarre des épées battues contre les boucliers.

 

Le second monta sur le premier pont et interpella les trois navires immobiles, brandissant l’étendard du Roi Phénix.

-Reculez ! Ses eaux appartiennent à présentt au Roi Finubar, vous n’avez plus rien à faire ici !

Les justifications du second étaient mauvaises, ses paroles incertaines, mais il était plus occupé à ravaler sa rage plutôt que de se concentrer sur ce dialogue de toutes manières inutile.

Des rires émanèrent des sombres galères, une silhouette se dressa sur le premier pont du navire le plus proche.

-Finubar n’est pas ton Roi !

De nouveau des rires jaillirent des trois vaisseaux, plus puissant cette fois.

D’un geste précis et discret, la silhouette qui venait de remettre en cause la légitimité du Roi Phénix sortit une petite arbalète de son long manteau noir et la brandit en direction du second, qui n’eu le temps que de reprendre son souffle avant que le tireur ne décoche et qu’une flèche à pointe d’airain ne s’enfonce dans sa gorge. Le second s’effondra, tentant vainement d’arracher le trait qui lui ôtait la vie, alors que déjà les gardes maritimes en position ripostèrent par une volée de carreaux enflammés sur l’ordre d’Aelmereth. La bataille commençait.

 

La volée de flèches haut elfes ne fit que peu de victimes dans les rangs éparses des elfes noirs, mais déclenchèrent de nombreux débuts d’incendie sur les sombre navires. Les calles vomirent leurs esclaves qui se précipitèrent sur les flammes avec des sceaux d’eau de mer, alors que les navires druchiis manoeuvraient pour approcher au plus vite les navires asurs et lancer l’abordage. Les arbalétriers elfes noirs se regroupèrent et décochèrent sur les gardes maritimes, faisant plus de morts cette fois ci, comptant plus sur le nombre de traits que pouvaient lâcher leurs armes en quelques secondes que sur la précision de leurs tirs.

Les deux navires de flancs hauts elfes s’éloignèrent, cherchant à encercler le groupe de galères mal engagées, mais l’abordage semblait impossible : toutes les galères druchiis étaient équipées de longues pointes d’airain sur leurs bords. Les balistes échangèrent leurs projectiles enflammés qui se plantèrent dans les flancs des navires en laissant derrière eux de longues traînées de fumée. Des cris, des flammes, de la fumée et les sinistres sifflements des carreaux... telle était la bataille qui faisait rage à cet instant.

Le navire principal haut elfe, sur lequel se tenait Aelmereth, était encore indemne, protégé par une aura de protection que générait Ilmarith dans de violents spasmes et chants étranges.

Aelmereth tenait à gagner cette bataille, il avait sentit l’importance quelle aurait au ton de la voix du Roi lorsqu’il lui remit cette tâche, mais l’abordage était impossible, a cause des pointes d’airain qui flanquaient les navires adverses. Il ne souhaitait pas un échange perpétuel de carreaux. Il fallait un abordage, un corps à corps ou ses guerriers pourraient prouver leur supériorité au combat rapproché, puisant dans leur rage et dans leur haine de ces faux frères traîtres. Aelmereth observa rapidement les alentours, malgré la fumée et les flammes qui rongeaient déjà un de ses navires. Une épaisse plaque de glace dérivait vers la scène, assez solide pour permettre de marcher dessus.

Aelmereth se retira à l’intérieur malgré le vacarme et les risques d’incendie, dans une étonnante sérénité. Il était sûr de lui. Il se sentait apte à détruire tous ces traîtres de sa seule lame. Il se dirigea vers les ponts inférieurs, où se tenait une dernière compagnie en réserve.

-Sortez vos épées, mes frères, nous lançonss l’assaut !

Aelmereth expliqua ce qu’il comptait faire. Les passerelles d’abordages n’étaient bien sur pas assez longues pour atteindre le navire druchii principal situé à une centaine de mètres, mais largement assez pour atteindre la couche de glace solide toute proche et ainsi permettre à l’équipage de lancer l’assaut.

Le plan fut mis à exécution sous la pluie continue de carreaux enflammés, malgré les pertes, et le navire se vida de la moitié de ses combattants qui se jetèrent en hurlant leur soif de victoire sur la glace et chargèrent en brandissant lances et épées la première galère druchii. Ce fut un massacre. La majorité tomba sous la pluie de carreaux que lancèrent les navires surpris en riposte, mais le peu qui arriva au premier navire fut sans pitié. La plaque de glace de touchait pas encore le navire, aussi durent-ils nager dans les eaux glacés quelques instants avant de pouvoir escalader les flancs du vaisseau jusqu’aux ouvertures d’où les balistes lâchaient leurs mortels carreaux. Ils exterminèrent les servants avant de rejoindre le pont. Les lames dansèrent et le sang coula à flots. Aelmereth progressa rapidement vers le pont principal, exterminant tout opposant, et se rua sur le capitaine. Le duel fut rapide, Aelmereth échoua dans son premier coup mais esquiva les ripostes du capitaine elfe noir, apeuré par ses cris de haine, et lui trancha la gorge d’un coup d’estoc simple et précis. Il s’aperçut soudainement que le dernier navire druchii fuyait à l’horizon et que l’autre sombrait rapidement, accompagné d’un de ses propres navires. Le troisième navire avait lui aussi prit feu et ne tarderait pas à sombrer à son tour, mais le principal était toujours en parfait état. Aelmereth descendit jusqu’au dernier pont et creva la paroi d’une dizaine de coups puissants. La mer surgit avec fureur de ces multiples brèches, prête à envoyé vers le fond ce navire maudit.

Aelmereth et les derniers survivants quittèrent la galère et rejoignirent leur propre navire, sans avoir cette fois à affronter la froideur des eaux, la plaque de glace avait à présent suffisamment progressée et reliait les deux navires.

 

Les deux lunes se levèrent, remplaçant le soleil à présent disparu au lointain mais éclairant encore un peu les lieux de ses rouges rayons. Sur le pont, les soldats chantaient la victoire ou pleuraient les morts. Aelmereth, comme à son habitude, ne manifestait pas sa joie. Il s’enferma dans sa cabine et ouvrit son journal de bord, afin d’y noter cette nouvelle victoire. Petite bataille certes, trois fois rien à côté des énormes flottes qu’il avait parfois du affronter, mais d’une importance capitale, il le savait. Pour la première fois d’ailleurs il aurait voulu en connaître la raison, mais son principe vénéré reprit rapidement le dessus : « la curiosité est le plus grand des pêchés ».

Mais il n’était pas inspiré. Il contempla l’horizon de sa petite fenêtre. Au loin, le navire Druchii était presque entièrement avalé par les flots, alors que les deux autres navires elfiques reposaient sans doute à présent au fond de l’océan. Aelmereth se souciait plus de ce que cela coûterait au roi que des morts. Il n’avait jamais éprouvé de peine à voir mourir les siens finalement...

Un détail perturba le capitaine : la ligne d’horizon était légèrement de travers. Au même moment où cette bizarrerie fut remarquée, on frappa à sa porte. Un rameur ouvrit la porte, essoufflé, trempé jusqu’aux genoux. Aelmereth, déjà pâle, le devint encore plus.

-Mon Seigneur... la pression de la plaque de glace sur la coque était trop forte... pourquoi n’avons-nous pas quitter les lieux ? Mon Seigneur... nous coulons !

Blême, Aelmereth se retourna vers la petite fenêtre.

Au loin, la poupe du navire druchii quittait la surface de l’océan, ultime radeau de survie qu’il avait inutilement blessé au nom de sa rage. Plus bas, la plaque de glace qui lui avait permit la victoire et qui venait de blesser à mort son dernier navire semblait sadiquement lui sourire, miroitant son arrogance. Il avait échoué, battu par le plus improbable des ennemis, lui-même. Et il n’en saurait jamais les conséquences.

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