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Des pas. Des bruits de pas sans cesse allant et venant. Marchant de long en large sans sembler se fatiguer. Un cri. Une goutte de sueur qui coule le long d’un dos. Un rayon de soleil qui passe par une fenêtre. Un second cri. Des pas. Encore et toujours ce bruit de pas.

Quinn se réveille et s’étire. Il a peu dormi. Les bruits de la maison l’on souvent réveillé. Il a eu peur et cette sensation est encore présente en lui. Dans le coin de la pièce, Elva sa gardienne, est assoupie sur le siège qu’elle a rapporté pour la nuit. Il l’appelle timidement. Le réveil d’Elva le ferait presque sourire. Perdue, cherchant où elle se trouve et ce qu’elle y fait, fixant dans son regard une impression agare. Puis elle semble retrouver ses esprits et s’approche du lit et du petit garçon.
Quinn aime bien Elva. Elle est douce et gentille. Sa mère est toujours triste quant elle le voit. Mais Quinn ne sait pas pourquoi. Son père est sévère et lui impose de le suivre à longueur de journée. Il apprend des choses qui lui semblent inutiles. Sans vraiment les comprendre. Il sert fort Elva dans ses bras qui en fait tout autant. Il a peur, et lui dit, alors elle le rassure, lui caressant les cheveux.  Elva se relève et lui ordonne de s’habiller. Elle doit, comme chaque matin, le conduire auprès de son père.  Il sait depuis peu qu’elle n’a pas le droit de le caliner autant. Elle se sent fautive chaque fois qu’elle le fait. Et parfois, elle a cette petite larme dans l’œil, prétextant une poussière. Dans deux ans, Elva s’en ira, lui a dit son père. Elle doit se faire à cette vie dicte-t-il sans arrêt. Mais à quelle vie ?
Elva sort le laissant seul dans son immense chambre impersonnelle, au mobilier chic et de style ancien, aux lourds rideaux qu’il ne peut encore déplacer seul. Il ouvre la grosse porte grinçante de l’armoire avec prudence. Puis, rassuré que rien n’en surgisse pour le dévorer, il se saisi d’un pantalon de toile de lin foncé, d’une chemise blanche, d’un gilet de la même couleur que le pantalon et d’un caleçon. Il s’habille en hâte, guettant sans cesse l’ouverture de la porte d’où doit surgir Elva. Il guette son arrivé avec impatience et angoisse. Habillé, la chemise bien tirée comme on le lui a apprit, il attend sur son lit, le regard toujours fixée sur la porte désepérément close. Il bat des pieds, se tortille et chantonne la fable que tout enfant apprend dès son plus jeune âge, la Fable du Devenir.
Enfin Elva passe la porte. Il bondit sur ses pieds tout sourire. Elle le félicite de s’être si bien habillé seul. Il est fier. Il aime faire plaisir à Elva. Mais aujourd’hui, elle a le regard lointain.  « On ne va pas encore rejoindre ton père Quinn. » Il ne sait pas pourquoi mais est ravi de cette décision bien qu’ il ne veuille pas rester dans cette chambre. Surtout pas aujourd’hui. Il entend des pas. Toujours ces pas qui ne semblent jamais vouloir s’arrêter, jamais se fatiguer. Il finit par le dire, ou plutôt le pleurer, en se plaquant les mains sur les oreilles pour ne plus les entendre.
Elva se penche devant lui, passe ses pouces sur les joues du garçon de cinq ans afin d’en essuyer les larmes et retire ses petites mains plaquées sur ses oreille avant de lui tendre la sienne, plus grande. « Viens ! dit-elle. Je vais te montrer ce que sont ses pas. Mais chut ! C’est un secret ! »
Quinn n’a pas trop envie de voir ce monstre ou ce fantome qui marche dans la maison. Mais ça semble faire plaisir à Elva. Alors il glisse sa menotte dans celle de la jeune femme et la suit à pas de loup. Elle avance le long d’un couloir, passe discrêtement une porte, ne lâchant jamais la main du garçonnet. Il la suit, le cœur palpitant d’angoisse. Plus ils avancent plus les pas se rapprochent. Ils sont pressés, nerveux, agressifs. Soudain, il entend un cri. Il tremble et se montre récalcitrant mais Elva insiste. Il fait pourtant non de la tête mais elle avance et lui fait signe de la suivre comme si elle n’avait pas peur. Peut être est-ce le cas. Dans le doute il la suit tout de même. Mieux vaut être avec Elva, dévoré par le monstre que d’attendre dans sa chambre qu’il vienne le chercher pense-t-il. Et puis elle le protègera peut-être. Elle glisse sa tête par l’entrebâillement d’une porte et rentre aussi vivement. Elle dit à Quinn de regarder par l’interstice. Il a peur. Elle insiste. Il le fait. Les pas sont toujours plus forts. Ils ne se sont arrêté que durant le cri. Quinn fait d’abord semblant de regarder. Il ferme bien les yeux. Mais la curiosité l’emporte. Il ouvre l’œil et voit un bien étrange spectacle. A défaut d’un monstre, les pas sont provoqués par son père, qui marche de long en large le long du couloir. Un homme au regard froid est assis sur un banc devant lui. L’homme tourne la tête de manière infime vers la porte et croise le regard de Quinn qui recule hâtivement. Elva comprend. Elle l’attrape et tous deux se mettent à courir vers la chambre de Quinn.
De retour dans la chambre, Elva rit. Quinn aussi.
Il sait maintenant ce que son ces pas qu’il entend. Il n’a plus peur mais il se questionne. Pourquoi son père marche-t-il ainsi depuis hier ? Et que sont ces cris ?

Aengus Wendover marche de long en large. Pourquoi cela prend-il si longtemps ? Encore un hurlement. Il s’arrête. Rien. Il reprend sa marche infernale sous les yeux du  Colonel Balsey qui s’amuse de la situation. Le colonel sent quelque chose. Il serait un bien piêtre colonel s’il ne le sentait pas d’ailleurs. Il regarde dans la direction et remarque un enfant. Le fils ainé des Wendover. Désobéissant. Avec une gardienne plutôt laxiste. Qu’à cela ne tienne. Il notera ce fait dans le dossier concernant cette famille.  Le cadet lui appartient et il est hors de question d’avoir un trouble fait dans ses rangs. L’armée lui trouvera sa gardienne.  Il y veillera tout particulièrement si besoin est.
Aengus Wendover remarque le regard du colonel, fixe depuis trop longtemps. Il s’y dirige et ouvre la porte à la volée. N’y trouvant rien, il se retourne vers son invité avec un air de reproche, mais se dernier s’est détourné et fixe la porte en face de lui. Monsieur Wendover a comme l’impression que le colonel sourit, se moquant de lui. Peu importe. Il est bien trop préoccupé pour s’en soucier et recommence à marcher.  Une longueur, deux longueurs. La sueur perle dans son dos à chaque mugissement ou cris qui lui parvient. Cela dur depuis trop longtemps. Sa patience et sa sympathie en prennent un coup. Heureusement Balsey a la délicatesse de se taire.

Un cri. Un cri puissant. Un claquement. Un second cri, plus faible. Des pas qui courts. Une porte qui claque et grince sur ses gonds. Des hurlements. Une dispute. Un grincement. Une porte qui claque. Un cri. Deux cris. Trois cris. Deux cris. Un rire hystérique. Des pas. Des pas qui courts.

Quinn a peur. Elva le sert contre lui. Elle ne parrait pas plus rassurée que lui et cela n’aide pas vraiment le petit garçon a se sentir mieux. On crit dans les couloirs. Les servantes courrent en tout sens, le majordome fait appeler un coursier.  Beaucoup de passages, d’ordres, d’agitation devant la porte de la chambre du garçon. Mais aucun ne la franchit pour lui dire ce qui se passe, à lui comme à Elva. Ils doivent attendre, murmure Elva. Ça va aller. Il n’y a rien de grave et l’on viendra le leur dire lorsque tout sera fini. Elva voudrait savoir mais Quinn ne veut pas qu’elle le laisse. Hors elle sait qu’ils se sont fait surprendre une fois. Pas question de risquer une seconde fois de se faire attraper et châtier.

L’enfant est né. Son fils est enfin né ! Aengus Wendover franchi les lourdes portes de la chambre en conquérant, prêt à recevoir son fils. Le torse bombé, la tête haute…Et pourtant, au lieu de lui mettre son enfant dans les bras, deux femmes lui tiennent des propos incohérents. Il doit sortir ? Pourquoi cela ? Il éxige de voir son fils !
La sage-femme, une lourde matronne, se lève de son siège, le fusille du regard et lui hurle de sortir ! Le travail n’est pas terminé.
Pas terminé ? Son fils est né, il l’a vu. Il le voit encore jusqu’à ce qu’on parvienne à refermer les portes sur son nez. Aengus ne comprend pas. L’Oracle a pourtant parlé d’un garçon. Quel soucis peut-il bien y avoir en ce cas ? Aengus reste là, abasourdi. Alors le colonel Balsey soupire. Il se relève et fait appelé le majordome.

« Appelez un coursier. Qu’on fasse prévenir la chambre des Père Fondateurs du Savoir de dépêcher sur l’heure l’un des leurs. »
« Bien Monsieur. » s’incline le Majordome.
L’une des infirmières sort. Elle fait demander un nouveau berceau, de l’eau chaude, des linges propres et commande au cuisinier un repas copieux et deux outres de lait de chèvre.
Aengus ne comprend rien à ce qu’il peut bien se passer. Pourquoi un Père Fondateur ? Pourquoi un autre berceau ? Qu’est-il arrivé au précédent ?
Balsey glisse sa main sur l’épaule de son hôte et parvient à le guider jusqu’au banc. Aengus suit sans réagir. Son cerveau n’est qu’une vaste pelotte de ficelle emmêlée qui ne sait plus quoi comprendre.
« Mais l’Oracle… » semble-t-il supplier en dirigeant son regard perdu et appeuré vers le Colonel.
« nous aurons la réponse. Pour l’instant patientez. » tente de consoler le colonel.
Mais il s’interroge. Comment cela peut-il donc arriver ? Un éclat de rire résonne dans la chambre. Le rire cristallin de sa femme. Perdrait-elle la tête elle aussi ?


Le lendemain, une femme, servante dans la maison, ouvre la porte de la chambre de Quinn. Elva se redresse dans son fauteuil où elle dort pour la seconde nuit.
La femme les informe que Quinn est demandé auprès de sa mère dans l’instant. Puis elle sort, sans dire le moindre mot de plus. Elva se hâte d’ouvrir la lourde armoire et d’habiller proprement le petit garçon. Il se laisse faire, les yeux encore embués de sommeil, se les frottant de son petit poing fermé. Il enfile ses chaussures, qu’Elva lui noue avec dextérité. Il aimerait apprendre mais pas aujourd’hui. Il n’y a pas le temps pour cela dit Elva.
Elle attrape sa petite main dans la sienne et, comme la veille, le tire au travers des couloirs et des portes, sans cette fois tenter de se cacher. Devant la double porte gigantesque de la chambre de ses parents, Quinn a peur. Il ne veut pas y aller. Il n’a rien à faire ici sinon faire encore pleurer sa mère.
Mais Elva ne l’écoute pas. Elle frappe doucement à la porte et se recule.
La grande porte de gauche s’entrouvre. Elva pousse Quinn à l’intérieur. Il fait sombre dans la pièce. Les immenses rideaux sont tirés afin de cacher quelque peu la puissante clarté du soleil, renforcée par son reflet sur le sable. Sa mère est allongée dans le grand lit. Elle a le teint pâle mais elle sourit. Quinn n’est pas rassuré. Il n’a jamais vu sa mère sourire. Lorsqu’elle lui tend la main, il a un mouvement de recul. Elle prend alors une moue triste que Quinn reconnait bien mieux. Il s’avance vers elle, sans lui prendre la main pour autant.

-          Madame qu’avez-vous ? Etes-vous malade ? demande Quinn.

-          Non mon fils, sourit sa mère. J’ai donné au monde le plus beau cadeau qui soit. Regardez.

Elle montre des berceaux. Des lits minuscules dont Quinn ignore tout, du contenu jusqu’au nom. Il descend du lit et s’y dirige mais, trop petit pour regarder dedans, Elva vient à son secours et le soulève. Il voit là deux tous petits êtres vivants. Deux petites choses qui s’égayent, ne parvenant pas à ouvrir bien longtemps leurs yeux bleux, avec à peine quelques cheveux bruns sur la tête. Il sait que ce sont des bébés alors même qu’il n’en a jamais vu.

-          Ce sont vos frères, lui dit sa mère souriante

-          Père les a-t-il vu ?

-          Non, répond sa mère un air douloureux sur le visage.

-          Les a-t-il nommé ?

-          Pas encore.

Quinn redescend des bras d’Elva et retourne auprès de la femme allongée. Elle le prend dans ses bras et le sert fort. Quinn est heureux et se met à chantonner l’unique chanson qu’il connait, La fable du Devenir.
La femme crie. « Taisez vous ! Taisez-vous ! » hurle-t-elle en regardant comme au travers de Quinn. Elva l’attrape en hâte et le sert contre elle. Quinn ne comprend pas. Il a cessé de chanter bien sûr. Mais sa mère pleure. Quinn croit comprendre « pas encore, pas cette fois. Ils ne peuvent pas. » entre ses sanglots. Il a envie de pleurer aussi. Il ne voulait pas. D’ailleurs qu’a-t-il fait ?
Elva le guide vers l’extérieur et le sert dans ses bras. Mais elle se redresse bien vite, l’abandonnant à ses larmes.

-          Monsieur, salue-t-elle

-          Et bien Elva ? Encore à couver Quinn comme une mère ? Cessez donc ! Ce n’est pas votre rôle ! Crie Aengus. Que s’est-il passé ?

-          Madame a manifesté le désir de présenter ses jeunes fils à son aîné et l’a fait mander monsieur.

-          Folie. Vous n’auriez pas dut y céder sans m’en parler Elva. C’est moi et moi seul qui décide du devenir de Quinn.

-          Oui monsieur.

Elva s’incline et reste tête basse alors que Aengus se penche sur son fils aîné. Il lui dit combien sa mère est fragile et qu’il ne faut pas la déranger. Pas sans que lui, son père, ne soit présent. Puis il se retire et entre dans la chambre, suivi du Colonel Balsey et du Père Macanraï. Elva attrape Quinn et lui propose une visite des jardins. Quinn est ravi. Pouvoir sortir serait un plaisir après tant de jours à rester enfermé. Ils ne pourront pas resté longtemps vu l’heure déjà tardive mais cela ne dérange pas l’enfant, tout enthousiasmé à l’idée de mettre le nez dehors.
Il enfile en toute hâte sa tenue longue et son chapeau et presse Elva qui semble trop longue à son goût. « dépêches-toi  Elva ! On ne pourra plus sortir si tu tardes ! »
La jeune femme se hâte en souriant des protestations véhémentes de l’enfant. Puis, tractée plus qu’autre chose, elle parvient à enfiler son chapeau tout en marchant vers la porte menant aux jardins.
Le soleil est de plomb, comme chaque jour. Mais il n’est pas encore à son zénith et sa chaleur, bien que terrible, est encore supportable. Dans le jardin, une unique fontaine sera bientôt coupée en attendant que l’astre reparte sur une courbe descendante. Les bananiers et autres figuiers fleurissent non loin de la fontaine, à peine abrités de la cuisante étoile par un drap tendu au-dessus des jardins l’heure venue. Déjà, les domestiques s’affèrent à installer l’armature. Quinn n’a que faire de ce train-train quotidien. Il peut enfin se dégourdir les jambes et s’en donne à cœur joie. Il tente d’arroser Elva qui proteste qu’on ne doit pas gâcher l’eau si précieuse tout en souriant. Mais la promenade avait un but. Et lorsque le petit garçon s’est bien défoulé et qu’il est déjà presque temps de rentrer, Elva se décide.

-          Tu sais Quinn, ta maman t’aime. Elle n’a pas voulu t’effrayer tout à l’heure.

Le petit garçon s’assombrit au souvenir de la scène. Elva reprend :

-          Elle ne voulait pas te faire peur. C’est ta chanson qui lui a fait peur, à elle. Et elle a réagit comme toi quand tu fais un cauchemar.

-          Mais… Pourquoi ma chanson lui fait peur ? Demande l’enfant.

-          Chantes la moi Quinn. S’il te plait.

L’enfant hésite, timide. Il se demande aussi si Elva a peur de la chanson. Mais elle l’encourage alors, tout content de montrer de quoi il est capable, et plein de bonne volonté, il entame cette chanson qu’il connait depuis le berceau.
«  A l’aîné sera offert
Les biens, le château et les terres
Au cadet sera donné
Une âme un pardon une épée
Au puiné nous allouerons
Le savoir la gloire et  leçons
Le benjamin deviendra
Un simple enfant des terres du Roi
Filles nées, loi de nature
Se plieront sans point de parjure.

Aux lois de l’Oracle et du sable
N’autorises nul responsable
Carmade ou par chair périssable
Ainsi souffriront les coupables. »

Quinn la chante avec vigueur, dansant sur le sol sableux du jardin, lorsqu’un serviteur s’approche et leur demande de rentrer.  Le soleil est presque au Zénith et nul être humain ne peut supporter sa châleur. Elva conduit Quinn, toujours chantonnant sa petite chanson, dans la maison. Ils croisent le Père Macanraï, le Colonel Balsey et Monsieur Wendover en grande conversation, mais l’enfant et la jeune femme ne s’attardent pas pour écouter et s’en retournent dans la chambre de Quinn. Faisant asseoir le petit garçon sur le lit, Elva s’accroupi devant lui et lui demande :

-          Comprends-tu la chanson ?

L’enfant se tortille. Il en a apprit le sens mais les mots de son père étaient si compliqués qu’ils les a depuis lors oubliés. Alors, avec une infinie douceur et des mots simples, Elva lui explique de nouveau. Lui, Quinn, est l’aîné. Le premier né. Il aura à charge de reprendre la maison de son père, ses terres, ses gens et ses responsabilités au sein de la communauté. Le second fils est « offert » à l’armée qui défend le peuple des Hommes du Désert dont Quinn fait parti. C’est un devoir d’offrir son fils à l’armée. Le troisième fils, en équilibre, est offert aux Père Fondateur du Savoir. Il étudiera et deviendra l’un d’eux. Enfin le quatrième fils s’il y a, est offert au roi et devient un simple paysan. Ainsi la noblesse apprend à ne pas être trop zélée envers le bas peuple, car certains sont de leur famille. Si fils suivants il y avait, ils seraient alors les enfants du couple et apprendrait sans doute à épauler l’aîné. Mais le cas ne s’est visiblement jamais produit. Les filles quant à elles, ont l’obligation d’apprendre à être de bonnes épouses, travailleuses étant jeunes, comme Elva, puis des femmes épaulant leur mari, éduquant leurs filles. Mais en aucun cas, les mères ne doivent s’attacher à leurs quatre premiers fils. Si l’aîné reste dans les murs du couple, seul le père a autorité sur lui. Et ce jusqu’à l’âge adulte. Mais les mamans aiment leur petit garçon Alors ne jamais pouvoir les caliner à loisir peut leur faire du mal si elle ne sont pas prêtes. Et la maman de Quinn et de ses deux petits frères aime très fort ses enfants. C’est pour cela qu’elle pleure quand elle le voit et doit détourner les yeux.
« Tu comprends désormais ? »
Quinn acquiesse. Il comprend pourquoi sa mère ne veut pas s’occuper de lui et pourquoi elle pleure. Il comprend aussi pourquoi la chanson lui fait du mal, à sa maman. Mais ce tout petit être ne comprend pas pourquoi tout le monde obéit. Alors, Elva lui explique la fin de la chanson. La survit du peuple des Hommes du désert est basée et l’a toujours été, sur les prédictions de l’Oracle. Un jour Quinn apprendra ce qu’est l’Oracle mais Elva lui dit qu’il est encore trop petit. Cet Oracle sait tout. Il sait combien d’enfants aura un couple, il en connait le sexe, et il voit les traitres. Et les traitres nuisent à l’équilibre de la vie dans ce monde hostile. Alors ils sont châtiés.
« Comment ? » voulu savoir l’enfant. C’est au tour d’Elva de se tortiller. On achève leur vie plus tôt ou pire, on les bannit, répond-elle.
Et comme personne ne sait survivre au désert, c’est bien la même chose avec plus de souffrance, pense Elva sans en dire le moindre mot.
Quinn est songeur. Il ne parle plus et regarde ses chaussures depuis un bon quart d’heure lorsqu’Elva le questionne.

-          A quoi penses-tu Quinn ?

-          A l’Oracle.

-          A l’Oracle ?

-          Tu dis qu’il sait les enfants à naitre, le nombre et le sexe. Il a su pour les petits frères ?

-          Et bien…hésita Elva. Il semble à la vérité que l’Oracle n’ai pas prédit que tes frères naitraient le même jour.

-          Est-ce la première fois que ça arrive ?

-          Ce ne sont pas les premiers jumeaux mais l’Oracle les prédit habituellement et permet au père d’assister à l’enfantement, afin de déterminé le premier né des deux.

-          Mais alors, comment cela va-t-il se passer pour mes frères ?

-          Ça, Quinn, nous le saurons bientôt.

Elva cajole l’enfant et l’invite à se rendre aux cuisines pour manger un repas avant d’aller faire une sieste. Quinn n’hésite pas une seconde, son estomac réclamant son dut à cette seule pensée. Pourtant, il n’en oublie pas le dilemme qui se déroule dans sa maison et dont il sera le témoin.
Quinn, l’aîné, se sent soudain important. Il doit protéger sa famille, sa mère et ses deux jeunes frères surtout, de la maudite chanson.

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