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Cette saga s’inscrit dans le Cycle des Fils d’Ulthuan. Elle poursuit l’histoire entamée dans "La Quête d’Eléana" de Lorindil.

Dans sa salle de travail, Lorindil ne cessait de relire un long parchemin. Le message portait encore le sceau du Roi Phénix. Finubar avait donc jugé utile de l’informer de la nouvelle : plusieurs forteresses naines, dont Karaz A Karak, la capitale naine, s’étaient regroupées sous la bannière d’une confédération. Poussés par leur rancœur envers bon nombre de leurs ennemis, souhaitant faire renaître leur vieil empire, les Naugrims menaient des expéditions punitives contre les Peaux Vertes, les Skavens, et toutes autre armée maléfique qui avait le malheur de croiser leur chemin. Rien de bien inquiétant, a priori. Seulement voilà : plusieurs bandes s’en étaient prises aux Bretonniens. Suivant aveuglément leur rancune, ils pillaient les avant-postes humains, décapitaient les taverniers accusés de vol de Bugman, lynchaient tous les brigands.

Le Roi Louen Cœur de Lion parvenait avec peine à raisonner ces vandales. Cependant leur soif de vengeance ne s’était pas calmée pour autant. Les bandes s’étaient réunies près de Parravon et marchaient sur Athel Loren, le royaume forestier des Elfes Sylvains.

Comment ne pas ignorer cet avertissement ? pensa Lorindil. Le maître mage connaissait bien les nains pour avoir voyagé autrefois dans le Vieux Monde. Il avait visité le royaume secret des Elfes Sylvains, vu leurs clairières sacrées, guidé les plus hauts mages sur l’utilisation de la Haute Magie, mais aussi assisté à plusieurs affrontements contre des pillards.

Le Roi Phénix jugeait cependant l’affaire de la plus haute importance. D’après ce dernier, les royaumes orientaux d’Ulthuan, particulièrement exposés aux flottes ennemies venant du Vieux Monde, pouvaient à tout moment être pris pour cible par ces fanatiques.

Lorindil se remémora ce qu’il avait appris sur la longue et cruelle guerre de la Barbe. Une terrible histoire de vengeance et de haine inspirée à l’origine par une ruse des Elfes Noirs. D’après les chroniques d’Ulthuan, les Nains estimèrent avoir gagné la Guerre avec la mort du Roi Phénix Caledor. La couronne des Rois Phénix trônait désormais bien en évidence dans la salle du trésor de Karaz A Karak. Théoriquement, les Nains n’avaient plus aucune rancune contre les Elfes. Mais comment faire confiance à cette bande de pillards ? Le Grand Livre des Rancunes comporte de nombreuses petites rancœurs personnelles. Ces petits serments justifiaient à eux seuls la préoccupation de Finubar.

Aussi avait-il décidé d’affecter son meilleur ambassadeur auprès des Confédérés Nains. Lorindil, Grand Maître de la bibliothèque de Tor Yvresse, reçut donc l’ordre de se rendre au plus vite auprès du seigneur Kundïn, chef officiel de la Confédération des Nains.

Toute contestation d’un ordre royal étant inconcevable, Lorindil décida de stopper toute affaire en cours afin de se rendre au plus vite dans le Vieux Monde.

Accoudé au garde-fou du Vaisseau-Dragon, Lorindil regardait rêveusement la mer d’huile que l’immense navire tranchait lascivement. L’embarquement avait eu lieu deux semaines plus tôt. Profitant du départ d’un contingent Haut Elfe en direction de Brionne, Lorindil et son escorte de Maîtres des épées avaient pris la mer pour la traversée de la Mer du Chaos. En cette belle journée d’été, lui et le champion de sa minuscule garde prétorienne attendaient passivement que sonne l’heure du déjeuner.

<< Messire, demanda le champion, devrons-nous mener un long voyage à travers le Vieux Monde ?

- Je le crains, Gaëlen, répondit le mage. Nous devrons traverser entièrement la Bretonnie et l’Empire avant de rejoindre les principales forteresses confédérées naines.

- L’idée d’un conflit ne nous réjouit guère, nous autres, se hasarda le champion.

- Je sais, Gaëlen, moi non plus. Personne en Ulthuan ne voudrait d’une seconde Guerre de la Barbe. >>

Une immense gerbe de vapeur émergeant de l’eau interrompit leur discussion. Dans un roulement de tonnerre, une immense créature émergea de l’océan, s’éleva au-dessus des eaux, avant de replonger dans les profondeurs. Le monstre marin, semblable à une immense baleine dotée de nageoires de raies, laissa derrière elle un immense remous. Le navire, telle une coquille de noix, fut fortement ébranlé, avant de finalement se stabiliser au grand soulagement de ses passagers.

<< Par Isha ! jura Lorindil. Qu’est-ce que...

- Un mégalodon, monseigneur, l’informa un contremaître au fort accent Cothique. Ils sont en pleine période de reproduction, c’est pour ça qu’ils jaillissent ainsi hors de l’eau.

- J’espère que cette chose ne nous a pas pris pour un compagnon... ironisa Gaëlen.

- Pour ça non, pas de risques ! les rassura le marin. Ils ont trop peur des harpons... Puis, se retournant, il leur montra du doigt l’énorme baliste installée à l’avant du navire. >>

Naviguer dans une mer infestée de Mégalodons ne relève pas d’un voyage d’agréments, aussi de nombreux mariniers se relayèrent jour et nuit pour prévenir toute collision.

Lorsque quelques jours plus tard, la côte de Bretonnie apparut enfin, Lorindil ne put s’empêcher de souffler de soulagement.

L’arrivée d’un navire elfique reste dans les ports humains un spectacle rare et fascinant. Une foule de curieux se rassemblèrent ainsi sur le quai alors que le bateau manœuvrait son amarrage. Un groupe de chevaliers se firent même un point d’honneur d’accueillir les elfes d’Ulthuan. Malgré la cohue de débarquement, Lorindil et sa douzaine de Maîtres des Epées parvinrent à sortir du port, sous la garde respectueuse de cinq grands chevaliers paladins.

Lorindil accepta. Son rôle d’ambassadeur nécessitait assurément cette entrevue. Le petit groupe de chevaliers conduisit les elfes vers une imposante forteresse, au centre de la cité. Sur leur passage, les foules se pressaient, et des milliers d’humains au regard étonné suivaient avec le plus vif intérêt cette petite procession.

Arrivé dans le palais, les Maîtres des Epées reçurent l’ordre de rester à l’entrée. Accompagné de deux paladins, Lorindil traversa des salles décorées de simples fresques et tapisseries médiévales avant d’entrer dans une sombre pièce, éclairée par des chandelles.

<< Seigneur Lorindil ! s’exclama une voix faible et chevrotante. Un vieil homme aux cheveux blancs et au dos voûté se leva difficilement de son siège.

- Mandorallion ! s’exclama Lorindil. Le souvenir de ce vieil ami lui revint soudain. Mais, comme tu as...

- Vieilli, l’interrompit-il. Hélas, je reste un mortel. Mais dis-moi, que deviens-tu depuis notre dernière rencontre, il y a près de cinquante ans, n’est-ce pas ?

- Eh bien, la routine. J’ai combattu les armées de Grom la Panse avant d’étudier les arcanes de la magie pendant quarante courtes années.

- Quarante courtes années... médita, d’un air envieux, le vieil homme. Mais dis-moi, que fais-tu ici ? Toujours à la recherche d’Elfes Noirs à combattre ?

- Non ! Lorindil s’esclaffa au souvenir de ses premiers voyages dans le Vieux Monde. Le temps où moi et Eltharion traquions ces vermines est révolu...

- Tant mieux ! Car vois-tu, le preux chevalier du Graal qui te guida dans ta tâche il y a cinquante ans est devenu bien trop vieux pour courir de nouveau le monde...

- Mandorallion, le Roi Phénix m’envoie comme ambassadeur auprès des Nains.

- Ho ! Ceux-là ! pesta le vieil homme, tout en se rasseyant.

- Que se passe-t-il vraiment ?

- C’est ce Kundïn ! s’exclama-t-il. Un fanatique avide de sang, un vrai avatar pour les Peaux-Vertes. Il y a quelques mois, il a décidé de venger sa race et de reconstituer le vieil empire nain. Depuis, les Montagnes du Bord du Monde sont en guerre perpétuelle contre tout ce qui dépasse les un mètre vingt. Certains de ses nains en ont même profité pour attaquer les châteaux situés à l’est du royaume.

- La situation semble préoccupante...

- Pour l’instant, Louen Cœur de Lion ferme les yeux, une guerre ne ferait qu’affaiblir nos deux royaumes et favoriser l’émergence des serviteurs des Dieux Noirs, mais il faut impérativement que cela cesse au plus vite !

- Ne t’en fais pas, je suis sûr que j’arriverai à calmer le jeu ! Ce Kundïn ne m’a pas l’air d’un vieux tueur de trolls borné !

- Je te le souhaite, Lorindil, je te le souhaite... >>

L’entrevue se termina dans la plus profonde incertitude. Mandorallion remit à son vieil ami une précieuse carte du Vieux Monde, avant de lui faire ses adieux.

Sitôt sorti du palais, Lorindil ordonna de se mettre en route. Montés sur de splendides coursiers elfiques, les elfes quittèrent la ville, en direction de l’est.

Après trois jours de chevauchée, les elfes atteignirent enfin le centre de la Bretonnie. L’été rayonnait en cette chaude journée. Dans les champs, les paysans se dépêchaient de terminer la moisson.

Traversant pendant des jours entiers de maigres villages espacés d’immenses plaines fertiles, les elfes furent satisfaits de voir enfin apparaître à l’horizon les cimes enneigées des montagnes grises. Entamant l’ascension du massif par la principale voie commerciale, ils aperçurent de nombreuses traces de combats. Parmi les lances brisées, Lorindil reconnut quelques haches naines et des pennons de flèches. Tout semblait indiquer que les Nains empruntaient régulièrement cette route.

Soudain, le ciel s’obscurcit. Un formidable coup de tonnerre déchira la quiétude de cette douce journée d’été pour instaurer un climat électrique et tourmenté.

La pluie se mit à tomber. De grosses gouttes, d’abord, avant de s’écouler violemment, tel un déluge.

Escaladant à toute allure le col, le petit groupe se mit en quête d’un abri. Les éclairs zébraient le ciel d’encre. Le roulement de tonnerre se rapprochait dangereusement.

Soudain, la lumière d’une auberge leur apparut au détour du chemin. Les montures redoublèrent d’effort pour atteindre ce but. Alors qu’il s’approchèrent d’un minuscule village de montagne, la grêle se mit à tomber.

S’arrêtant pile devant les écuries, Lorindil donna l’ordre à ses elfes de mettre les coursiers à l’abri. Cette tâche accomplie, la moitié des elfes restèrent monter la garde à l’intérieur de l’écurie tandis que Lorindil et les autres se précipitèrent à l’intérieur de l’auberge.

Leur entrée inattendue marqua un moment de surprise et de tension entre les clients et les nouveaux arrivants. Lorindil eut le temps de juger de la fréquentation de la taverne. Un groupe de paysans discutaient à une table ; devant lui, un groupe de nains en cottes de mailles vidaient quelques chopes. Surpris par ce coup de théâtre, ils s’étaient levés, brandissant nerveusement leurs haches.

Debout derrière son comptoir, l’aubergiste, un vieux nain bourru, parvint à calmer le jeu à temps.

Puis, se tournant vers les nouveaux venus, il leur demanda :

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